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DÉCADENCE INTELLECTUELLE

livres français tolérés par la censure. Quelques pamphlets, quelques mémoires juridiques ou politiques, quelques recueils généalogiques ou quelques manuels de dévotion écrits d'un style lourd et incorrect, voilà à quoi se réduit la littérature française du pays. Dans la flamande, la veine de Poorters achève de s'épuiser sous la plume de pâles imitateurs comme par exemple Em. d'Aranda (1679). Quant à l'instruction primaire, désorganisée par les troubles et l'insécurité du temps, elle ne se maintient dans les villes que grâce aux couvents de femmes et à de misérables établissements privés (1). Elle a presque complètement disparu à la campagne. 11 semble bien que dans les paroisses rurales, à part le seigneur du lieu, le curé, le bailli et quelque officier de justice, personne ne sache lire et écrire Parmi les artisans urbains eux-mêmes, les illettrés l'emportent infiniment sur les autres. Et la bourgeoisie moyenne n'est pas beaucoup plus savante. La possession d'un livre autre qu'un livre de messe y est une rareté (2). Sa curiosité, quand elle en a, ne va qu'aux choses de la politique, aux nouvelles des guerres dont elle est la victime. Elle fournit des lecteurs au Luysfer van Bradant, aux brochures du genre de celles de Cardon, aux journaux approuvés par le gouvernement : le Courrier véritable des Pays-Bas (1649), les Relations véritables (1652), les Nieuwe tijdingen d'Abraham Verhoeven (1605-1620) ou les Gentsche Posttijdingen (1667).

Pourtant l'apathie n'est pas complète. La vie religieuse ne s'absorbe pas tout entière dans la tradition. C'est de la Belgique, il ne faut pas l'oublier, qu'est sortie la grande crise du jansénisme qui, depuis le milieu du XVIF siècle, devait ébranler si puissamment le monde catholique (3).

(1) V. van der Haeghen, Inventaire des archives de la ville de Gand, p. 295 et suiv. En 1664, il n'y a à Gand que treize maîtres et maîtresses d'école. Cf. F. De Potter, Petit cartulaire de Gand, p. 241 ; H. Colpaert, Geschiedenis van het loger onderwijs in Yperen, p. 52.

(2) Thisquen, Histoire de la ville de Limbourg, t. II, p. 20.

(3) Il n'existe pas d'histoire moderne du mouvement janséniste en Belgique et c'est là une lacune qu'il importerait hautement de combler. On est donc réduit ici,.

Bien différent du protestantisme, qui, dès l'abord, s'adresse au peuple et lui parle sa langue, le jansénisme débuta comme une querelle de théologiens, par la publication, en 1640, des trois tomes in-folio de VAugustinus (1). La doctrine n'en était pas nouvelle. Elle ne faisait en somme que reprendre et développer les idées sur la grâce que Bayus avait cru découvrir en saint Augustin et qui, malgré leur réprobation par le pape, n'avaient pas cessé de compter des adhérents dans la faculté de théologie de Louvain. Nous n'avons pas à raconter ici comment les jésuites, reprenant à leur tour la lutte déjà engagée par Lessius, en poursuivirent aussitôt et en obtinrent enfin à Rome (6 mars 1642) la condamnation, malgré les efforts de l'université (2). Mais leur victoire souleva dans les Pays-Bas des protestations inattendues. De Louvain, l'augustinisme s'était largement répandu dans le clergé. L'archevêque de Matines, l'austère Jacques Boonen, et l'évêque de Gand, Antoine Triest, en étaient des partisans convaincus. Ils refusèrent de publier la bulle lancée contre Jansénius. Les prêtres de l'Oratoire, que Boonen avait appelés de France dans son diocèse dès 1626 pour contrebalancer l'influence de la Compagnie de Jésus (3)', ainsi que la plupart des théologiens louvanistes, leur étaient tout acquis.

D'autres alliés s'offrirent en même temps à eux. Le crédit dont les jésuites jouissaient auprès de l'archiduc Léopold- Guillaume, n'avait pas été sans soulever des protestations. Le reproche qu'on leur faisait de se mêler des affaires du gouvernement et des nominations des fonctionnaires leur

pour esquisser les péripéties de la querelle, aux ouvrages polémiques qu'elle a fait naître en si grand nombre. Je ne puis naturellement me vanter de les avoir tous vus et j'ai moins encore la prétention de juger du fond du débat. Je me suis proposé seulement d'en mettre les phases en rapport avec le développement général de la vie nationale.

(1) L'exemplaire de la Bibliothèque de l'Université de Gand, dont je me suis servi, a appartenu à Nie. Dubois (1620-1696), professeur de l'université de Louvain, et fougueux adversaire du jansénisme. Il a tracé sur le titre du volume les mots suivants, qui nous apportent l'écho des passions de l'époque : " Autor damnatus. Damno ad infernum ".

(2) Histoire de Belgique, t. IV, 2^ édit., p. 377.

(3) Sweert, Chronicon Oratorii. :

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