‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 29 sur 218 · ATTITUDE DE MAXIMILIEN-EMMANUEL QI · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE MAXIMILIEN-EMMANUEL QI

faire sortir leurs troupes des Pays-Bas et de les y remplacer par des troupes françaises. L'opération, dirigée par Boufflers, s'accomplit sans coup férir quatre jours plus tard. Le pays était aux mains de la France et la guerre devenait certaine. L'attitude de Maximilien, qui avait laissé faire, n'était pas plus douteuse. Dès le 15 février, son frère, Joseph-Clément, Électeur de Cologne et évêque de Liège, s'était allié à Louis XIV. Il fit de même le 9 mars. Le traité, conclu pour dix ans, lui conservait son gouvernement de Belgique, lui assurait la possession de ses États, des subsides pour son armée, le remboursement des dettes qu'il avait contractées au service de l'Espagne. Enfin le roi s'engageait à appuyer éventuellement sa candidature à la dignité de roi des Romains (1).

A ce prix, qu'il fallut encore augmenter au mois d'avril, Maximilien consentait à partir pour la Bavière afin d'y lever des troupes, d'y intriguer contre l'empereur, de lui susciter des adversaires et, dès que la guerre éclaterait, d'agir contre lui en liaison avec les armées françaises. 11 se mit en route le 21 mars, après avoir laissé le gouvernement militaire au marquis de Bedmar, et le soin de ses affaires personnelles au baron Malknecht. Il se doutait .bien que Louis XIV, après l'avoir orienté vers l'Allemagne, ne manquerait pas de profiter de son absence pour s'assurer la Belgique et, de Munich, il se gardait de perdre Bruxelles de vue. Ses soupçons n'étaient que trop justifiés. Le 30 octobre 1701, le roi de France demandait à son petit-fils la cession des Pays-Bas en compensation des sacrifices qu'il assumait pour la défense de la monarchie espagnole (2). Quelques mois plus tard, le 10 mai 1702, il lui faisait octroyer au duc de Bourgogne, commandant des troupes^françaises dans le pays, le titre de Vicaire général de Sa Majesté catholique (3).

Aussitôt Maximilien s'inquiète et s'agite. Il prétend garder

(1) Legrelle, La diplomatie française, etc., t. IV, p. 391, 571.

(2) Vast, Les grands traités du règne de Louis XIV, t. III, p. 33.

(3) Bullet. de la Comm. roy. d'Histoire, 3^ série, t. VI [1864], p. 76. Louis XIV, par considération pour Maximilien, lui retira ce titre le 17 juillet.

92 LE « REGIME ANJOUIN »

en mains toutes ses cartes, et il s'aperçoit que l'on veut lui souffler la Belgique. Pour la conserver, il possède un moyen infaillible : prêter l'oreille aux propositions d'alliance dont l'empereur le sollicite. On apprend à Versailles qu'il traite à Vienne de la couronne de Naples. Une surenchère peut seule le ramener à la France. Le marché se débat. Il est conclu le 17 juin 1702 et ratifié le 19 août. Moyennant la promesse du gouvernement perpétuel des Pays-Bas et celle de leur possession en toute souveraineté en cas de perte de la Bavière, l'Électeur resserre les liens qui l'unissent à Louis XIV. Pourtant, il reste inquiet. Philippe V refuse sa signature à l'affaire. La guerre vient d'éclater, et la cour de Madrid veut se réserver les Pays-Bas, pour en pouvoir négocier à l'occasion. Maximilien n'obtient d'elle qu'un engagement problématique pour le moment où la situation permettra de le satisfaire. A cela s'ajoute l'insuccès de ses armes dans la campagne contre l'empereur. Séparé de Catinat, que les Impériaux ont rejeté au delà du Rhin, il se voit isolé et menacé en Bavière. Pourquoi persister plus longtemps dans l'alliance française? Avec désinvolture il se retourne vers Léopold et lui offre son armée, payée par les subsides de Louis XIV, à condition d'obtenir en échange le duché de Milan. Le morceau était gros et l'outrecuidance parut un peu forte. On trouva inopportun à Vienne d'acheter un vaincu « à un si haut prix » (1). Ce fut un tort. Le roi très-chrétien eut vent de la négociation qui n'avait peut-être été entamée que pour l'inquiéter. Sa situation ne lui permettant pas de laisser Maximilien passer à l'ennemi, il se résigna de nouveau à payer. Le 7 novembre, il s'engageait à se faire céder les Pays-Bas par Philippe V, puis à les transmettre à l'Électeur. Celui-ci conserverait en outre les Palatinats du Rhin'et de Neubourg, si, avec l'aide de la France, il parvenait à les conquérir. Cette ouverture de crédit sur l'avenir satisfit le Bavarois. 11 continua de combattre en Allemagne avec des chances diverses. La mauvaise fortune lui fit encore risquer, en 4704, des ouvertures à l'empe-

(1) Riezler, Geschichte Bayerns, t. VII, p. 549.

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