X AVANT-PROPOS
pas aux yeux du monde! Qui pouvait ne pas voir dans Tunanimité de sa résistance à l'envaiiisseur, la preuve irréfutable et grandiose de la communauté et de la continuité séculaires de sa vie sociale et de sa civilisation?
L'ennemi le sentait mieux que personne ; mais il avait trop d'intérêt à nier l'évidence pour ne pas s'acharner contre elle. En vue de pallier ses torts vis-à-vis de la Belgique et de justifier la politique de désunion qu'il avait résolu de lui imposer, il devait feindre de ne voir en elle qu'un pays sans passé et sans traditions, qu'une création absurde et contre nature des diplomates de 1830, qu'une « nation artificielle » faite de la juxtaposition arbitraire de deux populations incompatibles, dont l'une, la wallonne, opprimait l'autre, la flamande. 11 s'y appliqua de son mieux. Avant la guerre, mon livre avait rencontré en Allemagne le meilleur accueil; tout à coup, il devint la cible sur laquelle s'acharnèrent non seulement les politiciens et les journalistes à la solde du Grand État-Major, mais, hélas, des historiens. Il ne fut plus que la démonstration manquée d'une thèse préconçue, qu'un écrit à tendances, inspiré par je ne sais quel nationalisme officiel, voire même par ce que les polémistes d'Outre-Rhin appelaient sans rire l'impérialisme belge. Je me rappelle que, pendant mon internement, un généreux anonyme se plut à m'envoyer durant longtemps des numéros de gazettes où j'étais pris à partie et chapitré sans aménité sur mon aberration ou ma mauvaise foi.
Mais j'apprenais en même temps que mon Histoire n'avait jamais eu tant de lecteurs. Deux de ses volumes, le premier et le quatrième, s'épuisèrent, et il en fallut tirer de nouvelles éditions qui, pour dépister la censure, parurent, en pleine