‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 34 sur 218 · RAMILLIES · texte numérisé non relu

RAMILLIES

de Bavière avec Louis XIV, couvraient la frontière comme un bastion avancé. La Gueldre espagnole, jetée en flèche vers le Nord, restait seule exposée aux coups des alliés. Ils s'en emparèrent facilement (1702-1703). Mais les Anglais ne parvinrent pas à débarquer à Ostende; Coehoorn, qui avait percé les lignes françaises dans le pays de Waes, fut obligé de reculer après qu'un corps hollandais dirigé par Obdam contre Anvers eut été défait à Eekeren par Boufflers et Bedmar et rejeté sur Bréda (30 juin 1703). En revanche, le duc de Marlborough prenant les Pays-Bas à revers s'établissait sur la Meuse (1). Huy était pris le 23 août, Limbourg le 27 septembre. L'année suivante Henri de Nassau (Overkerke) bombardait inutilement Bruges. Il se préparait à mettre le siège devant Namur quand le coup de foudre de Blenheim changea brusquement la situation. Les armées françaises en déroute se replièrent sur le Rhin; Maximilien-Emmanuel ramena à Bruxelles les débris de ses régiments (2 octobre). La guerre, changeant de théâtre, allait s'abattre sur la Belgique.

Bedmar appelé à la vice-royauté de Sicile, c'était à Maximilien-Emmanuel, flanqué de Villeroy, qu'incombait le soin de leur défense. Il réussit tout d'abord à reprendre la ville et le château de Huy (31 mai-10 juin 1705). Mais Marlborough, repoussé de l'Alsace par Villars, marche vers la Meuse et tout de suite son génie militaire fait entrer les opérations dans une phase décisive. Huy est repris (8-1 1 juillet), les lignes françaises sont forcées à Heylissem (20 juillet) puis, manœuvrant derrière la Dyle en face de Villeroy, les Anglais s'emparent de Léau (5 septembre) et de Santvliet (29 octobre).

Villeroy était incapable, en présence de son redoutable adversaire, de balancer la fortune. Il savait que Louis XIV voulait une victoire en Flandre, et son « génie court et superbe » se buta à lui en faire la surprise. Sans attendre les renforts que le roi a chargé Marsin de ^lui amener, sans communiquer son plan à l'Électeur, résolu à profiter seul

(1) Sur la participation des Anglais à la guerre, voy. J.-W. Fortescue, British campaigns in Flanders (Londres, 1918).

Io8 LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE

du triomphe qu'il escompte, il prend position à Ramillies, devant la brèche faite l'année précédente à travers les retranchements du Brabant. Sa position était mauvaise et Marlborough ne laissa pas échapper l'occasion qu'il lui offrait. Le 23 mai 1706, Villeroy brusquement attaqué était défait au premier choc. La bataille fut peu sanglante mais il y en eut rarement d'aussi décisives. Poussés l'épée dans les reins contre toutes les règles de la tactique traditionnelle, les Français n'eurent pas le temps de préparer une retraite. Ils ne purent tenir ni derrière Louvain, ni derrière la Dendre, ni derrière l'Escaut, ni derrière la Lys et ne s'arrêtèrent que sous les murs de Lille. Ce fut un effondrement. Les places des Pays- Bas, pourvues de garnisons insuffisantes, tombèrent l'une après l'autre : le 6 juin, Anvers, le 6 juillet, Ostende, le 22 août, Menin, le 5 septembre, Termonde, le 2 octobre, Ath. Delà Belgique, il ne restait plus aux mains des Français que le Hainaut, le Namurois et le Luxembourg, où Maximilien- Emmanuel établit ses troupes.

Villeroy rappelé fut remplacé par Vendôme. Il parvint à contenir Marlborough pendant la campagne de 1707. On put croire qu'il allait conjurer la mauvaise fortune. Le 5 juillet 1708, il entrait à Gand, où Bergeyck lui avait ménagé des intelligences, et deux jours plus tard, Bruges lui ouvrait ses portes. Mais le prince Eugène vient de rejoindre Marlborough. Ensemble ils surprennent Vendôme le 11 juillet à Audenarde et le rejettent en désordre derrière le canal de Gand à Ostende. Il essaya vainement de débloquer Lille héroïquement défendue par Boufflers, en manœuvrant sur les flancs et les derrières de l'armée des alliés. Repoussé à Winendaele, il échoue également dans ses tentatives pour couper vers Tournai les communications de l'ennemi. Une diversion de Maximilien-Emmanuel contre Bruxelles (21-28 novembre) ne réussit pas mieux. Lille capitule enfin le 9 décembre, et là-dessus, la garnison française de Gand se rend sans coup férir, tandis que celles de Bruges et des places environnantes se replient derrière Saint- Omer.

La France est ouverte à l'invasion. Pourtant il faut, avant de

DE 1706 A 1712 log

l'aborder, s'assurer du Hainaut. Boufflers et Villars ne parviennent pas à détourner Eugène et Marlborough de conquérir Tournai (3 septembre 1709) puis de se porter sur Mons. La sanglante bataille de Malplaquet(ll septembre) n'empêche pas la chute de la ville, qui bat la chamade le 20 octobre. Des forteresses des Pays-Bas, Namur seul tient encore. Mais sans s'arrêter à cette place, les vainqueurs portent en 1710 leur effort sur la France. Pour la première fois, les remparts construits par Vauban sont exposés aux insultes de l'ennemi. Douai, investi le 4 mai, se rend le 25 juin. Puis, après de belles résistances, Béthune, Aire, Saint-Venant tombent à leur tour. En 1711,1a prise de Bouchain ouvre aux alliés la route de Paris. Ils ne devaient pas s'y engager. La réconciliation de Louis XIV avec l'Angleterre, l'année suivante, et la victoire de Villars à Denain sur le prince Eugène (24 juillet 1712) permirent enfin à la France épuisée de traiter et de régler avec ses adversaires cette question des Pays-Bas qu'elle n'était pas parvenue, après tant d'efforts et de sang répandu, à trancher en sa faveur.

Le « régime anjouin » avait commencé en Belgique avec l'entrée des Français; il fut entraîné comme eux dans la déroute de Ramillies. Le 25 mai, Maximilien-Emmanuel battant en retraite déclarait à Laeken aux députés des États de Brabant « que ses troupes ne pouvaient plus suffire à faire tête à l'ennemi », et leur conseillait « au moyen d'un arrangement de pourvoir à la conservation du Brabant et de la capitale » (1). Le lendemain arrivaient des lettres de Marlborough et des députés des Provinces-Unies à l'armée des alliés. Elles pressaient les États de reconnaître pour roi Charles III, fils aîné de l'empereur Léopold qui lui avait transmis ses droits à la succession espagnole (2), les assurant que Sa Majesté catho-

(1) Gachard, Collection de documents inédits concernant l'histoire de la Belgique, t. III, p. 219.

(2) Le 12 septembre 1703.

lique respecterait tous les privilèges du pays et qu'il ne serait rien innové en matière de religion.

C'était dire exactement ce qu'il fallait, car si la conscription, les impôts et les intendants avaient définitivement aliéné les Belges à Philippe V, ils eussent encore préféré lui rester fidèles plutôt que de compromettre les intérêts de leur foi en pactisant avec les hérétiques de l'armée anglo-hollandaise. Rassurés sur ce point, leurs scrupules disparaissaient. Les États de Brabant se déclarèrent, le 5 juin, « bons et fidèles sujets » de Charles III, et ceux de Flandre suivirent leur exemple le lendemain (1).

Le testament de Charles II était oublié. On ne voulait voir dans Charles III qu'un Habsbourg renouant la tradition un moment interrompue par le Bourbon. On se réjouissait de rentrer sous « la douce et ancienne domination de la maison d'Autriche » (2). Les innovations allaient disparaître. Avec le retour de l'autonomie nationale, la noblesse et la bourgeoisie reprendraient leur influence et leurs dignités lucratives. Tous ceux qui avaient soutenu les réformes inachevées de Bergeyck étaient suspects. Le sentiment public se prononçait partout pour les conservateurs, les cuirassiers, comme les appelait le peuple, contre les carabiniers anjouins. De rares jansénistes formaient un troisième parti. Persécutés par Philippe V, ils craignaient de l'être encore par Charles III, et certains d'entre eux rêvaient d'une constitution républicaine qui les eût mis à l'abri de l'arbitraire royal. Leurs adversaires les accusaient d'entretenir des négociations suspectes avec les Provinces- Unies. Un moine augustin, Bernard Désirant, faisait circuler des faux représentant van Espen et plusieurs de ses amis comme tramant un horrible complot contre l'Église et contre l'État (3). Mais tout cela était entraîné par le courant qui portait la majorité à une restauration complète de l'ancien

(1) Gachard, Documents inédits, t. III, p. 231, 235.

(2) Ibid., p. 417.

(3) Sur cette affaire, connue sous le nom de « fourberie de Louvain », voy. du Parc de Bellegarde, Vie de van Espen, p. 648 et suiv. Cf. Biographie nationale, t. V, col. 736.

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