LA BELGIQUE BARRIÈRE DES PROVINCES-UNIES
d'échasses, à organiser un théâtre dans l'école dominicale, bref à s'accommoder une résidence unissant les plaisirs d'une ville de bains et d'une ville de jeu (1).
Sur le papier, la cession de Philippe V établissait pour la première fois, depuis Albert et Isabelle, un État distinct dans les Pays-Bas catholiques. En réalité, divisés entre les trois pouvoirs installés à Bruxelles, dans le Limbourg et à Namur, dont l'un était résolu à s'en faire une barrière et dont les deux autres ne les considéraient que comme objet d'échange ou de troc, leur situation n'avait jamais été plus humiliante et plus lamentable.
Le traité de la grande alliance contre la France, signé par les deux puissances maritimes et l'Autriche le 7 septembre 1701, stipulait que les contractants feraient les plus grands efforts « pour reprendre et conquérir les provinces des Pays- Bas espagnols, dans l'intention qu'elles servent de digue, de rempart et de barrière pour séparer et éloigner la France des Provinces-Unies comme par le passé, les dites provinces des Pays-Bas espagnols ayant fait la sûreté des Seigneurs États- Généraux jusqu'à ce que, depuis peu. Sa Majesté très-chrétienne s'en est emparée et les a fait occuper par ses troupes ». Cette rédaction, où il semble s'agir d'un polder à défendre contre les flots de a mer, ne faisait que préciser une conception politique qui, après l'échec des tentatives de Richelieu et des Provinces-Unies pour constituer la Belgique en État tampon (2), s'imposait de plus en plus à l'opinion hollandaise. Elle avait même déjà reçu un commencement d'exécution. Par la
(1) St-Bormans, Maximilien-Emmanuel de Bavière, comte de Namur. Bull, de l'Acad. Roy. de Belgique, 2^ série, t. XL [1875]. Cf. Van Kalken, op. cit., p. 242 et suiv. M. Van Kalken me paraît attribuer à Maximilien à cette époque une sollicitude d'administrateur dont il ne semble pas s'être piqué. Les mesures qu'il fit prendre se bornent à l'administration courante.
(2) Histoire de Belgique, t. IV, 1^ édit., p. 275.
convention du 30 août 1673, la République avait reçu le droit d'occuper les principaux points stratégiques du territoire (1), et, après la paix de Ryswyk, de 1698 à 1701, elle avait été autorisée par le roi catholique à mettre des garnisons à Courtrai, Nieuport, Audenarde, Mons, Charleroi, Namur et Luxembourg. C'étaient ces garanties, détruites par Louis XIV dès l'avènement de Philippe V, qu'il s'agissait de rétablir, de compléter et d'organiser à perpétuité.
Le roi;|de France l'ignorait si peu que diverses combinaisons qu'il conçut depuis 1705 pour détacher les Provinces-Unies de l'alliance, admettaient toutes l'existence de « la barrière nécessaire à leur sûreté », L'incurable défiance du gouvernement de La Haye à l'égard de celui de Versailles fit repousser ces avances. Il eût été absurde d'ailleurs de discuter, de com" mun accord avec l'ennemi contre lequel on voulait se défendre, la construction du rempart à lui opposer. La victoire de Ramillies permit enfin d'en jeter les fondements. Le 29 octobre 1709, les États-Généraux, à l'insu de l'Autriche, proposaient secrètement à la reine d'Angleterre et lui faisaient accepter, moyennant l'assurance de reconnaître les droits de l'Électeur de Hanovre à sa succession, le premier traité de la Barrière.
Il leur garantissait, pour le moment de la paix générale, le droit de tenir garnison à Nieuport, à Furnes, au fort de Knocque, àYpres, Menin, Lille, Tournai, Condé,Valenciennes, Maubeuge, Charleroi, Namur, Haelen, Lierre, Damme, Gand, Termonde, ainsi que dans les forts Saint-Philippe et de la Perle et les places qu'on pourrait conquérir encore sur la France; leur permettait, en cas de guerre, d'envoyer autant de troupes qu'ils le jugeraient nécessaire dans les Pays-Bas catholiques ; stipulait que ces troupes ainsi que les garnisons seraient entretenues aux frais des Belges, enfin leur assurait l'appui de la |Grande-Bretagne pour l'annexion de la haute Gueldre et pour l'occupation^militaire de Liège, de Huy et de Bonn « afin que la barrière soit bien serrée d'un bout à l'autre
(1) Dumont, Corps diplomatique, t. VII, 1^" partie, p. 240.