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LOUIS XIV ET LES LIEGEOIS I4I

ne laisserait pas le pays pactiser avec ses ennemis. A la moindre concession faite à ceux-ci, elle exigerait immédiatement l'équivalent (1).

Ainsi, resserrée entre les adversaires, la principauté en recevait également des protestations de dévouement. Chaque parti était prêt à défendre sa neutralité... pourvu qu'elle la violât en sa faveur. Pour elle, incapable de résistance, elle s'obstinait à protester sincèrement de son amour de la paix, de son désir de n'être point mêlée à des querelles qui ne la concernaient pas. Elle s'indignait naïvement de ce qu'il ne lui suffisait point de se déclarer neutre pour arrêter les armées à ses frontières et jouir du repos au milieu de la conflagration universelle. Elle voyait bien d'ailleurs que la persistance de ses soi-disant protecteurs à lui offrir un appui qu'elle ne demandait pas, s'expliquait par l'odieuse citadelle de Maximilien. Aussi longtemps que la « cité » n'avait eu pour défense que ses murailles du moyen âge, elle n'était guère entrée en ligne de compte dans les combinaisons militaires des belligérants. Devenue place forte par la volonté de son prince, et commandant l'un des principaux passages de la Meuse, c'était à qui songerait à s'en emparer. 11 ne suffisait donc pas que la citadelle rappelât chaque jour aux yeux des bourgeois la perte de leurs vieilles libertés municipales, elle était encore l'appât qui attirait sur le pays toutes les horreurs de la guerre. Au lieu de le défendre, elle le compromettait. Bien plus! elle l'empêchait de négocier efficacement avec l'étranger. Car la citadelle ne relevait que de l'évêque; ni les États, ni la « cité » n'y pouvaient donner d'ordres. Et ils enrageaient de se dire que le prince possédant seul la forteresse qui préoccupait tant les puissances voisines, possédait le moyen de s'entendre avec elles sans s'inquiéter d'eux.

Par un brusque changement de front qu'explique la rupture de l'Empire avec Louis XIV, Maximilien faisait sa paix avec les Provinces-Unies le 11 mai 1674, et se rapprochait par là même des adversaires de la France. Quelques semaines plus

(1) T. Bouille, op. cit., p. 379.

tard, au mois de juillet, l'armée impériale, conduite par le comte de Sourches, entrait dans la principauté, marchant vers la Sambre. Ce fut une nouvelle calamité. Moins systématiques et moins arrogantes que les réquisitions des troupes de Louvois, celles des impériaux ne furent pas moins dures à supporter. Le secours promis par Lisola n'apportait qu'un surcroît de misères. Quant à la neutralité, elle apparut bientôt plus compromise que jamais.

En hiver, arrivait le cardinal de Bade, chargé d'une mission mystérieuse auprès du chapitre. Le bruit se répandit à l'instant qu'il était question de le nommer coadjuteur et de lancer ainsi le pays dans la politique de l'Empire et de l'Espagne. Il est impossible qu'il n'ait rien transpiré, à la même date, du dessein formé par Monterey à Bruxelles, de s'emparer par surprise de la citadelle. En tout cas, le commandant de la garnison française de Maestricht, le comte d'Estrades, en eut sûrement connaissance. Il sentit qu'il était temps d'agir si l'on voulait conserver Liège à la disposition de la France. Le 28 mars 1675, il avait acheté le baron de Vierset, gouverneur de la place, et il faisait entrer dans celle-ci un corps de troupes. Comme il était de style, M. des Carrières se hâta de protester que les envahisseurs n'étaient guidés que par le souci de la neutralité violée par les impériaux, et, pour en bien persuader les Liégeois, il les invita à prendre connaissance des papiers saisis dans les bagages du cardinal de Bade et qui, peut-être habilement complétés sur les conseils de Louvois (1), révélaient d'horribles machinations contre l'indépendance du pays (2). Mais les pauvres gens ne furent pas convaincus. Une fois de plus, le chapitre, le Conseil privé et la « cité » affirmèrent qu'ils voulaient

(1) Il conseillait, en effet, à des Carrières de « feindre que l'on a trouvé dans les papiers du cardinal quelque lettre du ministre de l'empereur qui pût, étant répandue dans l'Allemagne et le pays de Liège, y décrier les affaires de S. M. impériale et de tout son parti ». Rousset, Histoire de Louvois, t. II, p. 144.

(2) Voy. la curieuse brochure intitulée : Le voyage de Monsieur le cardinal de Baden et son séjour à Liège pendant les mois de décembre 1674, janvier, février et mars 1675 (s. 1. n. d.).

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