‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 44 sur 218 · LOUIS XIV ET LES LIÉGEOIS I · texte numérisé non relu

LOUIS XIV ET LES LIÉGEOIS I

rester neutres, pendant que Maximilien, étourdi du châtiment brutal que recevait sa palinodie, implorait piteusement à Versailles la restitution de la forteresse...

En attendant, le passage de la Meuse se trouvait solidement aux mains de Louis XIV. Il sut en profiter. Durant la campagne de 1675, ses troupes chassèrent les impériaux de Dinant et de Huy, où elles tinrent garnison, puis elles s'emparèrent de Limbourg et hivernèrent enfin dans la principauté, côte à côte avec l'ennemi. Elles l'abandonnèrent au printemps, pour se concentrer autour des places de Flandre, oïl Vauban et Louvois avaient persuadé le roi de resserrer la guerre. Dès lors, la citadelle de Liège devenait inutile. Il fallait seulement empêcher que d'autres l'occupassent. Le 31 mars 1676, les Français en sortirent après en avoir fait sauter les bastions. C'était sous prétexte de garantir la neutralité du pays qu'ils s'en étaient emparés; ce fut sous prétexte de ne point compromettre cette même neutralité par leur présence, qu'ils l'abandonnèrent. Louis XIV avait eu soin d'avertir les Liégeois, dès le 16 mars, qu'il n'agissait que pour leur bien et afin d'enlever à ses ennemis tout motif d'occuper encore la contrée, puisque lui-même l'évacuait (1). Il n'en évacuait d'ailleurs que les parties qu'il ne prétendait point conserver à la paix prochaine. Dinant resta au pouvoir de ses troupes, et il eut soin de faire occuper le duché de Bouillon, que revendiquait la maison de La Tour d'Auvergne. Ni l'un ni l'autre ne furent restitués à la paix de Nimègue. Malgré les protestations incessantes de l'évêque et du chapitre, le duché ne devait plus cesser, jusqu'en 1815, d'appartenir à la France. Quant à Dinant, Louis XIV fit insérer dans la paix de Nimègue que l'Espagne, après en avoir obtenu pour lui la cession de l'évêque de Liège, rentrerait en possession de Charlemont (2). Comme l'évêque ne voulut pas céder, la France, qui tenait Dinant, le garda jusqu'en 1699, et ne restitua jamais Charlemont.

(1) Bouille, Histoire de Liège, t. III, p. 407.

(2) Vast, Les grands traités du règne de Louis XIV, t. II, p. 90.

Maximilien-Henri n'avait eu que trop raison de supplier Louis XIV d'épargner la citadelle, dont la démolition serait désastreuse, disait-il, à son « autorité principale » (1). Mais le roi, en 1676, ne voyait plus aucun motif de ménager l'Électeur. Les bastions sautèrent, et le régime qui avait été imposé à la « cité » en 1649, sauta avec eux. L'occasion s'offrait, inespérée, de restaurer l'ancienne autonomie municipale. N'estce pas à sa perte que les Liégeois attribuaient naïvement les maux dont ils souffraient depuis bientôt vingt ans : augmentation des impôts, occupations militaires, violations constantes de la neutralité? Qu'elle reparût et tous les griefs s'évanouiraient. Une fois de plus, les mécontents se tournaient vers le passé et lui demandaient le salut avec la même confiance qui, à la fin du XVIIF siècle, devait pousser les révolutionnaires à faire table rase de la tradition pour créer de toutes pièces un monde nouveau.

C'est que les révolutionnaires de 1789, non seulement invoquaient contre l'ordre établi les droits de l'homme et du citoyen, mais s'en prenaient encore à l'État absolutiste qui avait si complètement écrasé sous son pouvoir les derniers vestiges de l'ancien individualisme politique que, lui disparu, rien n'existait plus et qu'il fallait tout reconstruire. Quel abîme entre cette conception et celle des Liégeois de la fin du XVIF siècle! Au lieu de rêver d'une société nouvelle, c'est la nouveauté au contraire, représentée par le gouvernement monarchique de leur prince, qui les inquiète. Bien loin de prétendre saper les bases de l'ordre social, ils l'acceptent sans le critiquer, désireux seulement de conserver à leur ville, les vieilles franchises dans lesquelles ils voient la garantie de leurs intérêts locaux. Le monde s'arrête toujours pour eux, comme ill'avait fait au moyen âge, aux murailles

(1) Bouille, Histoire de Liège, t. III, p. 409.

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