‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 45 sur 218 · INSURRECTION CONTRE LE PRINCE I · texte numérisé non relu

INSURRECTION CONTRE LE PRINCE I

de leur cité. Ils ne la considèrent point comme membre de l'État, mais comme formant elle-même un État. Ainsi que les « nations » de Bruxelles en 1690, leurs métiers n'ont rien oublié et rien appris. Les privilèges qui assurent leurs monopoles économiques et leur intervention dans les affaires de la ville leur paraissent le dernier mot de la liberté puisqu'ils assurent leur liberté.

Aussi à peine la garnison française s'est-elle retirée, Liège s'emplit de rumeurs. Pendant que le peuple démolit joyeusement ce que la mine a épargné des bastions de Sainte-Walburge, et qu'il empêche trois compagnies de soldats envoyées par le prince de s'y établir, les bourgmestres se font remettre les clefs de la ville, abolissent, à la demande des habitants, les nouveaux impôts, et le 28 avril, jour de la translation de Saint-Lambert, permettent aux trente-deux métiers de défiler comme jadis, sous leurs bannières, dans la procession qui parcourt la « cité » (1). Cette manifestation annonçait tout un programme politique de restauration. Les métiers reprennent séance dans leurs « chambres », et à la rénovation magistrale du mois d'août collaborent de nouveau, au mépris du règlement de 1649, et en conformité de celui de 1603, à l'élection des bourgmestres et des conseillers. En même temps reparaît la vieille prétention de faire admettre Liège au rang des « villes libres » de l'Empire. Une députation fut même envoyée à ce propos au congrès de Nimègue, qui refusa de la recevoir.

Abandonné de Louis XIV et demeuré suspect à l'empereur, Maximilien se trouvait impuissant contre un mouvement qui le menaçait et l'humiliait à la fois. Il s'en irritait d'autant plus que le chapitre, loin de le soutenir, faisait au contraire cause commune avec la « cité » et profitait des circonstances pour reprendre une influence que l'évêque n'avait cessé de restreindre depuis son avènement. Seule, la force pouvait sauver le prince. Il se décida à y recourir en 1681. Mais les quelques compagnies de soldats qu'il fit marcher sur Liège, furent

(1) Pour les détails de l'insurrection, voy. M. Huisman, Essai sur le règne de Maximilien-Henri de Bavière, p. 119 et suiv.

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obligées de capituler à Visé. Faute de mieux, il dut employer contre la politique médiévale de la « cité » un expédient non moins médiéval : il ordonna aux tribunaux, vainement d'ailleurs, de suspendre le cours de la justice.

Au début de l'insurrection, les métiers, exaspérés par les pillages des troupes françaises, avaient espéré trouver un soutien dans l'empereur (1). Mais l'empereur en les protégeant ouvertement eût poussé Maximilien à bout. Loin de venir à leur aide, il approuva, au contraire, le règlement de 1649 et se borna à quelques tentatives de conciliation qui n'aboutirent pas. Il crut devoir agir plus activement quand il apprit, en 1681, que la « cité » désappointée songeait à solliciter l'appui de la France qui, depuis le XV^ siècle, n'avait cessé de favoriser ses révoltes. Pendant que Louis XIV envoyait M. de la Raudière parlementer avec les Liégeois, il chargeait de son côté l'un de ses conseillers de s'entendre avec eux. Cependant la conduite de Maximilien l'inquiétait et l'empêchait de travailler trop énergiquement en sa faveur. Il savait que, pour se concilier le cabinet de Versailles, il lui avait proposé l'abandon de Bouillon et] de Dinant et que, seule, l'opposition du chapitre, gardien de l'héritage de Saint- Lambert, avait fait échouer le projet (2).

Sollicités de toutes parts et par des gens qui se défiaient les uns des autres, les Liégeois n'avaient donc qu'à écouter et à se décider à leur gré. Mais à mesure que le temps s'écoulait, leur résistance allait faiblissant. Comme il était arrivé si souvent, les métiers, défendant chacun avec opiniâtreté ses intérêts sans se soucier de ceux des autres, se séparaient peu à peu en groupes hostiles. On retombait dans l'anarchie qui avait toujours fait l'instabilité des constitutions démocratiques à base corporative. Le 27 juin 1683, une

(1) Voy. les Pamphlets politiques wallons au XVII'^ siècle, publiés par M. Hennen dans le Bulletin de la Société verviétoise d'archéologie et d'histoire, t. XIII [1913], p. 173 et suiv. L'esprit petit -bourgeois s'y exprime d'une manière tout à fait hostile à la France et favorable à l'Empire.

(2) Lonchay, La principauté de Liège, la France et les Pays-Bas au XVW et au XVIIIe siècle, p. 182 et suiv.

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