‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 46 sur 218 · VICTOIRE DU PRINCE I · texte numérisé non relu

VICTOIRE DU PRINCE I

émeute sanglante était provoquée par les drapiers. Le nombre grandissait de ceux qu'effrayait un avenir plein de menaces. On finit par conclure, à la fin de l'année, un accord avec l'évêque, qui acceptait le retour au régime de 1603 avec certaines atténuations. L'intransigeance de quelques métiers remit le tout en question. De nouveau, comme au temps des Chiroux et des Grignoux, la guerre civile reprend, entre les partis, d'autant plus furieuse que les principes pour lesquels on combat, étant au fond les mêmes, la lutte n'est plus conduite que par les passions personnelles ou les ambitions privées d'un groupe de politiciens. Les émeutes et les bannissements se multiplient. Peut-être Maximilien ne fut-il pas étranger à ces troubles qui lui fournissaient un moyen de retirer les concessions faites l'année précédente. Il voyait d'ailleurs le chapitre effrayé se rapprocher de lui, et il venait d'acquérir la certitude, en rentrant dans la clientèle de Louis XIV, que ses sujets n'avaient plus rien à attendre du roi. Au mois d'août 1684, celui-ci faisait froidement répondre à une demande d'intervention des Liégeois, qu'il ne leur restait qu'à se soumettre. Dès lors, le moment est arrivé pour le prince, si longtemps bravé, de reprendre l'avantage. Il refuse de négocier plus longtemps, il parle en maître et, le 26 août 1684, ses troupes pénètrent sans résistance dans la « cité » terrorisée et dégoûtée de ses franchises qui, une fois de plus, l'ont par leur victoire même replongée dans un désordre qui lui a enlevé la possibilité et jusqu'à la volonté de se défendre.

Le 9 octobre, les têtes des bourgmestres Macors et Renardi tombaient sur l'échafaud et, quelques heures plus tard, Maximilien, à cheval entre Guillaume de Furstenberg et le comte de Choiseul, représentant de Louis XIV, escorté des carrosses de sa maison, d'escadrons de cavaliers français et de compagnies d'infanterie bavaroise, promenait majestueusement à travers les rues de la ville décorée de théâtres et de portiques, retentissante des volées des cloches, des salves de l'artillerie, de la symphonie des hautbois et des violons, la pompe triomphale de sa victoire.

Le règlement qu'il promulgua le 28 novembre 1684, clôture définitivement une époque de l'histoire de Liège. L'autonomie urbaine qui, au moyen âge, s'était si largement épanouie dans la « cité », qui, en y abandonnant plus complètement que partout ailleurs le gouvernement municipal aux métiers, y avait par cela même plus complètement aussi intéressé le peuple à la chose publique, ne fut plus désormais qu'un glorieux souvenir. Les corporations d'artisans qui, au XIV^ siècle, avaient vaincu sur les champs de bataille de la Hesbaye les chevaliers d'Adolphe et d'Englebert de la Marck, qui avaient audacieusement tenu tête, au XV^ siècle, aux ducs de Bourgogne, qui, pendant les troubles religieux, avaient forcé Gérard de Groesbeck à compter avec elles et contraint encore un Ernest de Bavière à capituler, se trouvaient enfin à bout de force et acceptaient l'inévitable. La longueur de la lutte qu'elles avaient soutenue ne doit pas faire illusion, en effet, sur les chances qu'elles avaient de l'emporter. Plus puissantes que le prince au moyen âge, elles avaient pu lui dicter la loi. Le particularisme urbain alors dans toute la vigueur d'un organisme robuste correspondait aux nécessités économiques d'une époque qui partout faisait converger vers les villes l'activité commerciale et industrielle et donnait aux artisans une force et un prestige incomparables. Mais le développement du capitalisme, en rongeant les bases même de l'industrie corporative, commença dès le xv^ siècle à miner leur pouvoir politique. L'exclusivisme dans lequel ils persistent ne répond plus aux besoins du temps, et la contradiction apparaît de plus en plus grande entre leurs prétentions et leurs forces. Au lieu de s'inspirer de l'esprit nouveau, ils s'obstinent au contraire à lui résister. Ils prétendent conserver, sous le nom de privilèges, les avantages, aujourd'hui surannés, dont ils avaient joui dans un passé à jamais disparu. Plus ils s'acharnent à défendre leur particularisme, plus ils suscitent autour d'eux les résistances de tous les intérêts qu'ils lèsent. La « cité » n'est plus, comme au moyen âge, la « mère et le chef des bonnes villes du pays ». Elle se voit abandonnée par elles en même temps

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