INTRODUCTION
S'ils entendaient se la réserver exclusivement, ce n'était d'ailleurs que pour se trouver mieux en état de l'échanger contre une possession plus à leur gré parce que plus profitable. Durant les quatre-vingt-cinq ans qu'elle leur appartint, ils furent constamment préoccupés du meilleur moyen de s'en débarrasser. Il ne dépendit pas d'eux de la troquer soit contre un duché d'Italie, soit contre la Bavière, et ils ne la conservèrent en définitive, jusqu'au jour où elle leur fut arrachée par la République française, que faute d'avoir pu en passer un marché avantageux.
Le peu d'attachement qu'ils témoignèrent au pays n'eut d'égal que l'indifférence du pays à leur égard. La maison d'Espagne, héritière des ducs de Bourgogne et souveraine naturelle des provinces, avait été populaire; celle d'Autriche, imposée à la nation par les convenances de l'Europe, ne le fut jamais. Le souvenir de Marie-Thérèse qui, jusqu'à nos jours, a subsisté dans le peuple, ne doit pas faire illusion. L'impératrice a tout simplement profité des circonstances qui firent de son règne une époque de relèvement économique, du prestige habilement exploité qu'elle dut à son sexe, à sa beauté et à ses . malheurs, et surtout des sympathies qui s'attachèrent à Charles de Lorraine, son représentant à Bruxelles. L'absence perpétuelle des souverains, à laquelle on s'était accoutumé sous le régime espagnol, se perpétua sous le régime autrichien, si l'on ne tient pas compte de la visite rapide et incognito de Joseph II, en 1786. Au lieu d'une infante ou d'un infant, une archiduchesse résida [au palais de Bruxelles. A une cour espagnole succéda une cour allemande, et ce fut tout.
D'ailleurs celle-ci disparut sans laisser plus de traces que celle-là. L'Autriche a moins encore germanisé les Pays-Bas que l'Espagne ne les avait espagnolisés. Et rien n'est plus aisé à comprendre. Assemblage hybride de nationalités distinctes et hostiles les unes aux autres, l'Autriche en effet ne possédait pas de civilisation propre. Elle n'était qu'un État ou pour mieux dire un gouvernement, se contentant d'administrer le mélange de peuples que les vicissitudes dé