I70 LE RÉGIME AUTRICHIEN
la politique européenne permettait à la maison de Habsbourg de grouper sous son sceptre, indifférent aux nations qu'il régissait pourvu qu'il les régît. La Belgique, entrée à son tour dans cet ensemble incohérent, n'eut avec son chef que des rapports administratifs. Il ne lui demanda guère que des impôts et des emprunts. Mais de bonnes finances étant impossibles sans une police exacte, il se préoccupa de bonne heure de perfectionner l'organisation du pays. Il faut reconnaître que l'activité de Vienne contrasta singulièrement en ceci avec l'apathie de Madrid, et que les efforts décousus ou impuissants d'un Grana ou d'un Gastafiaga font mieux ressortir l'intelligence et l'habileté d'un Nény, d'un Cobenzl ou d'un Botta Adorno. Ils ont incontestablement fait beaucoup pour relever la Belgique, de la déchéance où elle était tombée en 1717, au point de prospérité où on la voit remontée une cinquantaine d'années plus tard.
Si bienfaisante qu'elle ait été, on se tromperait pourtant en attribuant à leur intervention des progrès qui sont beaucoup plus le résultat des circonstances et de l'initiative de la nation. Autant les conjonctures politiques avaient nui au régime espagnol, autant elles favorisèrent le régime autrichien. De l'avènement de Philippe III à la mort de Charles II, la guerre avait ravagé les Pays-Bas avec autant de constance que la paix les protégea de Charles VI à Joseph II. A part l'invasion française de 1744 à 1748, le règne des empereurs s'est écoulé pour eux dans un long repos. L'alliance de la France et de l'Autriche, en 1756, leur a même donné une sécurité qu'ils n'avaient plus connue depuis la minorité de Charles-Quint. Désormais, sûr du lendemain, le peuple se remet au travail avec toute l'ardeur de son tempérament laborieux. En quelques années, les maux dont il a souffert sont, oubliés; l'agriculture se développe, le commerce et l'industrie se raniment. Le gouvernement de Vienne collabora sans doute à une renaissance dont il fut le premier à ressentir les heureux effets, mais si fort quil l'ait encouragée et soutenue, elle reste au fond l'œuvre des populations. Les chaussées, les canaux, les travaux publics