CHAPITRE PREMIER
Rien ne fut plus maussade et moins encourageant que les débuts du règne de Charles VI dans les Pays-Bas. L'acceptation du traité de la Barrière anéantissait l'espoir dont on s'était flatté depuis tant d'années, d'échapper, par l'avènement de la maison d'Autriche, à l'oppression des Provinces-Unies. La nation se crut victime d'une fourberie en apprenant que son nouveau souverain, au lieu de lui apporter la libération, consentait à l'occupation de ses forteresses, à la cession du Nord de la Flandre, et, au mépris des privilèges, la chargeait du payement des subsides destinés à entretenir sur son territoire les troupes de l'étranger. Tel était l'état des esprits, que l'on se serait cru à la veille d'une révolution. Les ecclésiastiques gémissaient sur les dangers que la présence d'une armée hérétique allait faire courir à la religion, les marchands, sur l'anéantissement prochain « du petit reste infortuné de commerce » qui subsistait (1). Si les uns exhortaient l'empereur à secouer le
(1) Qachard, Histoire de la Belgique au commencement du XVIIJe siècle ^ p. 464