NÉGOCIATIONS AVEC LA HOLLANDE I
succès s'ils réussissent. Ce Savoyard entré au service de l'Autriche avait alors cinquante-huit ans. Le mérite qu'on lui attribuait d'avoir amené le pape, en 1709, à reconnaître Charles VI comme roi d'Espagne, lui valut sans doute la tâche délicate d'instaurer le nouveau régime dans les Pays-Bas. Mais il ne devait arriver à Bruxelles qu'après avoir passé par La Haye. L'empereur avait résolu d'employer ses talents diplomatiques à une revision du traité de la Barrière. 11 savait que rien ne contribuerait davantage à calmer les esprits en Belgique, et s'imaginait que si Prié réussissait à obtenir quelques concessions, on pourrait bien augurer de l'avenir.
Il eut bientôt la satisfaction d'apprendre que ses espoirs se réalisaient. Après des pourparlers menés avec adresse, le marquis parvint à obtenir 1 adhésion des États-Généraux à une conférence qui s'ouvrit à Bruxelles à la fin de l'année 1716. Partagés entre le désir de ne pas céder et la crainte d'une rupture avec l'empereur, les États firent traîner les négociations durant deux ans. Enfin la ténacité de Prié triompha de leurs atermoiements. Le 22 décembre 1718, il put faire sa cour à Charles VI de la convention assez favorable qu'il finit par leur arracher (1). Elle réduisait des quatre cinquièmes environ le territoire cédé dans le Nord de la Flandre. Quant au subside affecté à l'entretien des garnisons, il était assigné désormais, jusqu'à concurrence de 500,000 écus, sur les pays rétrocédés par la France et pour le reste sur les bureaux des droits d'entrée et de sortie. Sans doute, la charge restait lourde, mais c'était déjà beaucoup que d'avoir récupéré quelques lieues carrées sur les Provinces-Unies et rendu aux États de Flandre et de Brabant la liberté du vote de leurs subsides. Il eût été impossible d'exiger davantage dans les circonstances présentes.
L'empereur se résigna donc à supporter l'humiliation de la
(1) Srbik, Oesierreichische Staatsverirage, p. 553. Sur l'administration de Prié, l'article de A. Reumont, // marcheze di Prié nel Belgio. Archivio storico Italiano, 4« série, t. XVII [1886], n'ajoute rien à Gachard. On trouvera dans le tome III, du Prinz Eugen von Savoyen, de von Arneth (Vienne, 1858), une appréciation du marquis au point de vue autrichien.
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178 l'établissement du régime
Barrière et le pays à en subir les vexations. Jusqu'au milieu du règne de Marie-Thérèse, les troupes hollandaises ne se bornèrent pas à absorber le tiers des recettes du gouvernement, elles furent encore, pour les villes qu'elles occupaient, une cause permanente de tracasseries et de conflits. Atteintes portées au sentiment catholique des populations, usurpations sur les prérogatives des magistrats et sur les privilèges des métiers, brutalité ou manque de tact des commandants, bagarres entre [militaires et bourgeois, rien ne manque à la série des griefs mesquins mais irritants qu'elles accumulèrent contre elles comme à plaisir. Elles se contentèrent au surplus de se faire entretenir dans l'oisiveté, indolentes, au point de laisser tomber en ruines les remparts des places. Leur incapacité ou pour mieux dire leur lâcheté lors de l'invasion française de 1744, acheva de les rendre tout à fait odieuses en les déshonorant. A tout prendre, le seul résultat de la Barrière fut d'augmenter encore l'hostilité que la différence des religions avait fait naître, depuis la fin du XVI* siècle, entre les Belges et les Hollandais (1).
L'habileté dont le marquis de Prié venait de donner des preuves en négociant avec les États-Généraux ne devait pas se soutenir dans la partie la plus difficile de sa tâche, c'està-dire dans la reconstitution d'un gouvernement régulier aux Pays-Bas. Ce diplomate manquait de l'expérience, des connaissances et des qualités qui font le bon administrateur. C'était avant tout un homme de cabinet, s'absorbant dans la lecture et la rédaction de rapports ou de dépêches, assez bien doué, semble-t-il, pour les opérations de police, mais n'ayant ni la capacité, ni le goût d'étudier et de comprendre le maniement d'un État et moins encore celui d'un peuple. On doit reconnaître d'ailleurs qu'il avait à remplir une mission singulièrement ardue.
Il s'agissait, tout d'abord, de réunir les morceaux du pays
(l) Sur le séjour des garnisons hollandaises dans le pays, voy. le minutieux mémoire d'Eug. Hubert, Les Garnisons de la Barrière dans les Pays-Bas autrichiens (Bruxelles, 1902). Add. du même Notice sur l'église wallonne {de la garnison) de Namur au XVlIIe siècle. Bulletin de l'histoire des églises wallonnes (1909).