EFFETS SALUTAIRES DE LA PAIX
connu les Pays-Bas depuis Albert et Isabelle, vit s'implanter le régime autrichien, si impopulaire encore sous l'administration de Prié. A vrai dire, elle n'y fut pour rien et n'eut qu'à laisser agir les circonstances.
Le plus grand désir du pays était la paix et il en jouit sans interruption tant qu'elle vécut. Les Belges durent à peine croire à leur bonheur lorsqu'ils apprirent, quand éclata la guerre de la succession de Pologne (1733-1735), qu'au lieu d'être envahis suivant la coutume, ils demeureraient neutres. Désireuses d'échapper aux obligations que leur imposait le traité de la Barrière, les Provinces-Unies sempressèrent de signer avec la France (24 novembre 1733) une convention par laquelle le territoire des Pays-Bas était laissé en dehors des opérations militaires. Louis XV conserva même son chargé d'affaires à Bruxelles. L'empereur crut que sa dignité l'empêchait de reconnaître un arrangement pris par des puissances étrangères au sujet d'un de ses États ; mais il fut trop heureux d'en profiter, et se garda bien de mettre à exécution sa menace d'envahir la France par le Luxembourg. Sans avoir rien fait pour procurer aux provinces un repos que sa rareté faisait paraître plus précieux, l'Autriche en retira les bénéfices d'une reconnaissance qui ne lui était pas due. En 1735, Charles VI eut la satisfaction d'apprendre que toutes les provinces avaient voté sans difficulté un subside extraordinaire de 1,680,000 florins destiné à être employé contre ses ennemis (1).
Cette première tentative avait trop bien réussi pour n'en pas provoquer d'autres. La garantie d'un emprunt de 4 millions pour la guerre contre les Turcs fut encore consentie en 1738. L'année suivante, l'empereur revenait à la charge avec une demande de 3 millions (2). Il ne put être surpris de trouver cette fois moins de promptitude à s'exécuter (3). Mais
(1) Bull, de la Comm. roy. d'Hist., 2e série, t. I [1851], p. 475.
(2) G. Bigwood, Les origines de la dette belge. Annales de la Soc. d'archéologie de Bruxelles, t. XX (1906).
(3) Bull, de la Comm. roy. d'Hist., 2» série, t. I [1851], p. 503.
2o8 l'établissement du régime
l'expérience qu'il venait de faire était concluante. La Belgique commençait à « rapporter ». Grâce à la paix elle s'apprivoisait au nouveau régime. Si le commerce continuait à languir, — il semble avoir atteint en 1740 le point le plus bas où il se soit jamais trouvé, — l'agriculture se développait assez rapidement. Durant les quinze années qui s'écoulent de 1725 à 1740, les récoltes furent satisfaisantes plus de la moitié du temps, puisqu'on ne défendit que six fois l'exportation des grains (1).
Au milieu de la sécurité générale, les défiances et les mécontentements de la première heure s'assoupissaient. La renonciation des Bourbons d'Espagne aux Pays-Bas enlevait aux grands seigneurs le moyen de justifier, par des prétextes de loyalisme dynastique, une opposition désormais sans objet. Le duc Léopold d'Arenberg acceptait, en 1737, le commandement en chef des troupes des Pays-Bas, qu'aucun Belge n'avait encore exercé avant lui. Plus encourageantes encore étaient les dispositions de la petite noblesse. En Belgique comme partout, le gouvernement ne pouvait se passer de cette classe toute désignée par son aisance, par son instruction, par ses traditions, à lui fournir des agents qui considéraient comme un droit, mais aussi comme un devoir, de remplir es fonctions publiques, dont la situation de fortune modérait le plus souvent les exigences, et à qui la naissance procurait un prestige qui tournait à l'avantage de l'État. Dès 1736, il recommandait de préférer dans les Conseils de justice les candidats les plus nobles aux moins nobles (2), et il se réjouissait d'apprendre, trois ans plus tard, « que plusieurs nobles sont dans les emplois et que d'autres y aspirent » (3). Dans les villes tout était calme. L'amnistie accordée en 1725 pour les troubles de Bruxelles avait achevé d'en dissiper le souvenir.
Pour jouir d'un repos complet, il ne restait qu'à étouffer la querelle janséniste. Depuis la persécution de Philippe V,
(1) En 1725, 1726, 1729, 1731, 1739 et 1740.
(2) Gachard, Ordonnances, t. V, p. 119.
(3) Bull, de la Comm. roy. d'Hist., 2^ série, t. I [1851], p. 505.