‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 66 sur 218 · ALLIANCE AUSTRO-FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ALLIANCE AUSTRO-FRANÇAISE

le retour sans enthousiasme. L'impératrice elle-même ne rentrait pas avec plus d'empressement en possession d'un pays dont la guerre venait de faire voir combien il était difficile à défendre. Malgré les protestations qu'elle avait adressées à la diète, l'Empire n'avait rien fait pour le « Cercle de Bourgogne ». Les Provinces-Unies s'étaient montrées incapables de maintenir la Barrière. Si l'Angleterre avait agi avec énergie, ce n'avait été que pour faire pièce à la France, et elle l'avait montré en s'arrangeant avec celle-ci à Aix-la Chapelle, sans tenir compte des intérêts de l'Autriche. 11 était trop évident que la cour de Vienne eût préféré la restitution de la Silésie à celle des Pays-Bas. Marie-Thérèse l'avait bien prouvé en offrant à Louis XV, en 1745, une partie de la Belgique s'il consentait à l'aider contre la Prusse (1), et en faisant renouveler cette proposition par son plénipotentiaire Kaunitz au congrès d'Aix-la-Chapelle. L'acceptation de la France eût infailliblement entraîné la continuation de la guerre, car elle eût violé la stipulation des traités d'Utrecht et de la Barrière qui garantissaient l'intégrité des Pays-Bas sous la maison d'Autriche.

Mais c'était justement cette limitation de sa souveraineté au profit de l'Angleterre et des Provinces-Unies qui était insupportable à l'impératrice. Elle était résolue à échapper à l'odieuse tutelle que les puissances maritimes faisaient peser sur elle et qui l'empêchait d'avoir les mains libres pour combattre son essentiel ennemi, Frédéric IL Un rapprochement avec la France, alliée de Frédéric, s'imposait donc à sa politique. L'hostilité traditionnelle des cours de Vienne et de Versailles n'avait plus de raison d'être dans une Europe où la première se trouvait désormais aux prises avec la Prusse, comme la seconde avec l'Angleterre. Pour rétablir l'équilibre rompu, elles avaient besoin l'une de l'autre. Si la situation faite à la Belgique par le traité d'Utrecht gênait l'Autriche, elle menaçait directement la France, et il était impossible que tôt ou tard elles ne s'entendissent point pour y mettre fin. L'imminence d'un nouveau conflit anglo-français, en 1755, brusqua les événements. La

(1) H. Carré, dans Lavisse, Histoire de France, t. VIII, 2^ partie, p. 147.

France devait prendre parti : ou persister dans l'alliance prussienne, ou la briser et nouer avec l'Autriche. Frédéric H semble avoir conçu un instant le plan grandiose de remanier de concert avec Louis XV la constitution territoriale de l'Europe. Par une campagne foudroyante, la France aurait conquis les Pays- Bas, pendant que lui-même se serait emparé de la Bohême. Le grand dessein de Louis XIV se serait ainsi réalisé en même temps que l'Allemagne aurait passé sous l'hégémonie de la Prusse et peut-être accompli son unité dès le XVIIP siècle. Mais quand bien même le cabinet de Versailles n'eût pas eu les meilleures raisons du monde de douter de la sincérité trop suspecte de Frédéric, il ne se sentait ni le goût, ni la force d'aborder une entreprise aussi hasardeuse. 11 se décida à prêter l'oreille aux suggestions de Kaunitz, qui, en retour d'une entente avec Vienne, promettait la cession des Pays-Bas au duc de Parme, don Philippe, gendre du Roi très-chrétien.

Les négociations aboutirent finalement au premier traité de Versailles, signé le l^'^ mai 1756 (1). 11 n'établissait encore entre les deux couronnes qu'une neutralité défensive. Le deuxième traité de Versailles, le 1^' mai 1757, la transforma en une alliance formelle (2). La France, rompant enfin avec le passé, promettait son appui à l'Autriche contre la Prusse. En revanche, elle obtenait la souveraineté de Chimay, Beaumont, Mons, Ypres, Furnes, Ostende, Nieuport, qui, à l'exception des deux dernières dont elle devait recevoir livraison immédiate, lui seraient remises aussitôt que Marie-Thérèse aurait récupéré la Silésie. Le reste des Pays-Bas serait donné à don Philippe en échange des duchés de Parme, Plaisance et Guastalla, qui reviendraient à l'impératrice.

C'était la seconde fois que, depuis la fin du XVll^ siècle, la politique recourait à l'expédient de constituer la Belgique en État indépendant. Du jour où s'était éteinte, avec Charles II d'Espagne, la vieille dynastie de ses princes naturels, ce pays

(1) Wenck, Codex, t. III, p. 141.

(2) de Garden, Histoire générale des traités de paix, etc., t. IV, p. 349. Cf. Carré, loc. cit., p. 261.

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