RUPTURE DU TRAITÉ DE LA BARRIÈRE
sances maritimes ». Il les suppliait « de réfléchir sur les suites que peuvent avoir pour leurs propres intérêts la ruine totale des Pays-Bas autrichiens et le désespoir de^leurs habitants. Si les ouvriers continuent à quitter le pays et les manufactures à baisser à vue d'œil, quelle possibilité de trouver les fonds pour les charges y affectées, d'autant plus que, bien loin de diminuer, elles grossissent tous les jours par la courtresse des finances déjà trop excessive? » (1).
L'humilité de ce langage dans la bouche d'un empereur, s'il prouvait aux puissances maritimes la[gravité de la situation, ne leur laissait d'autre part aucun doute [sur la faiblesse de celui qui le tenait. Elles consentirent enfin à causer, et; des conférences s'ouvrirent à Anvers, le 27 août 1737. Il apparut tout de suite qu'on ne s'entendrait pas. Dès qu'il fut question de traité de commerce, le greffier des États-Généraux, Fagel, déclara « que Sa Majesté s'était dépouillée du droit de changer le tarif, et qu'elle avait les mains liées à cet égard » (2). On continua pourtant à discuter sans espoir d'aboutir. Rien n'était conclu à la mort de Charles VI, et la guerre de la succession d'Autriche mit fin à des pourparlers que personne ne prenait plus au sérieux.
La lâcheté des Hollandais lors de l'invasion française de 1744, contrastait de façon trop éclatante avec l'arrogance qu'ils n'avaient cessé jusqu'alors de témoigner à l'Autriche pour que celle-ci, après la paix d'Aix-la-Chapelle, négligeât l'occasion de prendre sa revanche. La situation était"renversée. Marie- Thérèse pouvait maintenant parler ferme, et ce fut bientôt au tour des Provinces-Unies de la « conjurer ». Le traité d'Aix avait ratifié leur droit de garnison dans les Pays-Bas, mais Kaunitz avait habilement évité qu'il citât le traité de la Barrière. Par là. Vienne avait barre sur son adversaire. Dès 1749, l'impératrice écrivait à Botta-Adorno, son ministre à Bruxelles, qu'elle avait « fermement résolu » (3) de ne plus payer aux
(1) Gachard, Histoire de la Belgique au commencement du XVIII*' siècle, p. 509.
(2) Ibid., p. 519 n.
(3) Gachard, Ordonnances, t. VI, p. 403.
États-Généraux le subside de 500,000 écus, et toutes leurs réclamations devaient se briser à l'avenir contre cette décision. Puis, poussant énergiquement sa pointe, elle promulguait, le l^"^ mars de la même année, un nouveau tarif douanier. Ce fut aussitôt, en Hollande, un concert de récriminations. Le gouvernement de La Haye se lamentait : l'Autriche voulait ruiner la République et miner sa puissance si nécessaire à la défense des Pays-Bas. L'ironie des réponses de Botta-Adorno montra combien les temps étaient changés. La décadence du commerce hollandais, disait-il, serait avantageuse à leurs Hautes Puissances, puisque la Belgique, en profitant, serait désormais à même d'entretenir une armée qui pourrait défendre leurs frontières (1).
Cependant les Provinces-Unies s'adressaient à l'Angleterre, garante du traité de la Barrière qu'elle avait signé avec elles, et, au mois de mai 1752, des négociations à trois furent entamées à l'hôtel de ville de Bruxelles. Les commissaires hollandais parlaient de subsides; ceux de l'impératrice les accusaient « de vouloir replonger ce pays-ci dans l'abîme où l'article 26 du traité de la Barrière l'avait jeté » (2), et exigeaient avant toutes choses la conclusion du traité de commerce promis depuis si longtemps. Bref, on se quitta sans avoir rien conclu. Les années suivantes se passèrent dans un échange de réclamations, d'échappatoires et de refus. Enfin, la conclusion du traité de Versailles, en 1756, trancha le débat. La Barrière avait toujours été inutile : l'entente austro-française la rendait ridicule. Les Hollandais sentirent bien qu'il n'y avait plus d'apparence que l'impératrice consentît jamais à leur fournir des subsides contre son allié. Ils convenaient eux-mêmes que leur droit de garnison avait perdu toute importance militaire et qu'il n'était plus qu'une charge onéreuse (3). Ils ne s'opiniâtrèrent à le revendiquer que pour conserver un prétexte d'en-
(1) J. Laenen, Le ministère de Botta-Adorno dans les Pays-Bas Autrichiens, p. 203 (Anvers, 1901).
(2) Qachard, Histoire de la Belgique au commencement du XVIII>= siècle, p. 536 n.
(3) R. Fruin, Dépêches de Thulemeyer, p. 50 (Amsterdam, 1912).