‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 7 sur 218 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

En signant la paix avec les Provinces-Unies, le 30 janvier 1648, l'Espagne n'avait voulu que les détacher de la France pour pouvoir se retourner contre celle-ci avec toutes ses forces. N'ayant plus à combattre qu'un seul adversaire, elle se berçait de l'espoir d'un retour de la fortune, et de terminer par une victoire son long duel avec la maison de Bourbon. D'ailleurs l'orgueil dynastique n'explique pas seul la conduite de Philippe IV. Il était évident que, la France mise hors de combat, il serait facile de reprendre la lutte contre les Provinces du Nord qu'elle ne pourrait plus soutenir.

Aussi, pendant que les négociations continuaient à Munster pour la paix générale, le comte de Fuensaldana débarquait à Ostende le 8 mars. Il était chargé d'assister comme lieutenant l'archiduc Léopold, et de commun accord avec lui, de préparer l'envahissement de la France. Ce beau projet se dissipa bientôt en fumée. Le 20 août, les « tercios » déjà si maltraités à Rocrol étaient taillés en pièces par Condé sous les murs de Lens, et rejetés en désordre sur la frontière. Cette sévère e3on m servit de rien. L'Espagne s'abstint, cinq mois plus tard (24 octobre 1648), de signer les traités de Westphalie. Il allait falloir dix ans de guerre pour la contraindre à déposer es armes.

DE 1648 A LA PAIX DES PYRÉNÉES g

C'est qu'en réalité la situation n'était pas aussi mauvaise pour elle qu'il le peut sembler à première vue. Sans doute l'Empereur se réconciliant avec la France brisait officiellement l'alliance traditionnelle des cours de Vienne et de Madrid. Mais Philippe IV, s'il avait protesté solennellement contre la paix qui enlevait au Cercle de Bourgogne l'appui de l'Empire (1), n'en était pas moins confiant dans la bienveillance de Ferdinand 111. En fait, les vieilles bandes dont celui-ci n'avait plus besoin en Allemagne, vinrent grossir dans les Pays-Bas les rangs clairsemés des «Espagnols naturels». Du côté des Provinces-Unies, à qui la diplomatie française cherchait à faire reprendre les armes, il n'y avait rien à craindre. Les marchands d'Amsterdam ne demandaient que le repos et se défiaient des velléités belliqueuses du prince d'Orange Guillaume II, qui, d'ailleurs, mourait le 6 novembre 1650, quelques semaines après avoir conclu un inutile traité d'alliance offensive avec le roi très chrétien. Enfin, et surtout, le mécontentement qui depuis longtemps travaillait la France contre la politique de Mazarin éclatait dans les troubles de la Fronde, qui furent comme la fièvre de croissance du règne de Louis XIV. Pendant de longues années le royaume allait être en proie à la guerre civile et, entre la faiblesse momentanée de son organisme vigoureux et la décrépitude de l'Espagne, les chances étant rétablies, la lutte se prolongea par suite même de l'impuissance des deux adversaires. II fallut, pour que la balance penchât décidément en faveur du premier, que Cromwell, sollicité de part et d'autre, se fût enfin décidé contre le Habsbourg.

Au printemps de 1649, l'archiduc Léopold, se fiant aux promesses des ennemis de Mazarin, entrait en France par Landrecies. Une «lettre circulaire » adressée à tous les gouverneurs, prévôts et échevins des villes et bourgs situés sur le chemin de son armée, les assurait que «ses troupes ne s'avançaient que pour avancer leur bonheur» et la paix géné-

(1) La protestation de Philippe IV, comme président du Cercle de Bourgogne, le 15 novembre 1648, se trouve dans Dumont, Corps Universel diplomatique^ t. VI, pe partie, p. 463.

lO JUSQU A LA MORT DE CHARLES II

raie (1). On aurait pu se croire revenu à l'époque de l'invasion d'Alexandre Farnèse en 1590. Mais la Fronde n'avait pas l'obstination fanatique de la Ligue. Au moment même où l'Espagne venait à leur aide, ses chefs se réconciliaient avec la Cour. Il n'était plus question pour l'archiduc de marcher sur Paris. Il se contenta de pousser quelques partis jusqu'en Picardie, pendant qu'il reprenait Saint-Venant, le fort de Knocke (2) et Ypres (25 avril-10 mai), dont les Français s'étaient emparés l'année précédente, et forçait le comte de Harcourt à lever le siège de Cambrai (3).

Heureusement pour Léopold, la Fronde reprenait avec une nouvelle vigueur avant même l'ouverture de la campagne suivante. Turenne, entraîné dans le mouvement, venait se joindre à l'armée espagnole au mois d'avril 1650. De concert avec lui, Léopold marcha par Guise dans la direction de Paris. Puis il fallut battre en retraite sans avoir rien fait. La défection de Turenne, qui, après avoir hiverné dans le pays de Liège, rentra en France pour faire sa soumission, fut bientôt compensée par l'alliance du prince de Condé. Le 6 novembre 1651, il traitait avec le roi catholique, qu'il ne devait plus abandonner jusqu'à la paix des Pyrénées. Le concours d'un tel homme ranimait aussitôt la vigueur des Espagnols. Bergues et Furnes furent reprises. Puis, tandis que, en 1652, Condé occupait Paris, Fuensaldafia contraignait le maréchal d'Estrades à capituler dans Dunkerque (16 septembre). En hiver, Condé forcé d'évacuer Paris se repliait vers le Nord, s'emparant en chemin de Château-Porcien, de Réthel, de Sainte-Menehould, de Bar-le-Duc, et venait joindre ses troupes à celles de Léopold. Mais ce Bourbon n'entendait point se subordonner au Habsbourg ni sacrifier ses intérêts à ceux du roi catholique. D s la campagne de 1653, uniquement occupé de se tailler un « petit empire dans l'Argonne », il refuse de marcher sur

(1) Elle est datée du 20 mars, et son impression à Paris prouve qu'elle fut envoyée d'accord avec les chefs de la Fronde.

(2) Ce fort, démoli en 1782, se trouvait au confluent de l'Yser et de l'Yperlée.

(3) Le jésuite 0. Zylius chanta ce succès dans son poème Cameracum obsidione liber atum (Anvers, 1650).

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