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LE TRAITÉ DE FONTAINEBLEAU 24I

écrivait-il à son frère, pour ne pas commettre l'État à de trop grands dangers » (1). Il essaya un instant, pour se tirer d'affaire, d'« amalgamer l'échange de la Barrière avec l'accommodement avec la Hollande ». II ne réussit qu'à embrouiller encore l'écheveau de ses difficultés. A la longue, il accepta la médiation française. Le 9 novembre 1785, le traité de Fontainebleau consacrait la paix de Munster. L'Escaut restait fermé. Mais les Provinces-Unies reconnaissaient le droit de l'empereur de régler souverainement les tarifs douaniers des Pays-Bas, adoptaient en Flandre les frontières de 1664, s'engageaient à démolir les forts de Kruitschants et de Frédéric-Henri, abandonnaient ceux de Lillo et de Liefkenshoek et payaient 10 millions de florins. Ces concessions ne restaurèrent pas le prestige de Joseph II. Sa malheureuse campagne, si superbement ouverte et finie si piteusement, garda le nom de « guerre de la marmite ».

C'est sur cet incident tragi-comique que s'achève la politique extérieure de l'Autriche en Belgique avant la Révolution Brabançonne. Systématique et ferme sous Marie-Thérèse, impatiente et nerveuse sous Joseph II, qui compromet l'œuvre de sa mère, comme au XV* siècle Charles le Téméraire avait compromis celle de Philippe le Bon, elle a rendu en somme au pays des services inappréciables. Depuis le milieu du XVIP siècle jusqu'au milieu du XVIIF, il avait vécu dans la double appréhension de la France et de la Hollande, encore que les invasions de la première fussent, à tout prendre, moins cruelles que l'exploitation méthodique, impitoyable et ininterrompue de la seconde. Après la paix d'Aix-la-Chapelle et surtout après l'alliance de 1756, il n'eut plus rien à craindre de la France et lajcompression hollandaise, diminuant d'année en année, lui laissa reprendre graduellement le libre jeu de ses forces. En s'affranchissant du traité de la Barrière, l'Autriche l'affranchit en même temps du joug économique qui pesait sur lui. Elle lui permit de se remettre au travail et de s'enrichir. Bien plus! elle l'y aida par intérêt tout d'abord, mais aussi par amourpropre et raison d'État.

(1) Qachard, Histoire de la Belgique au commencement du XVII/e siècle, p. 573.

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