SITUATION PRIVILÉGIÉE- DU BRADANT
vis de la royauté n'avait-elle pas été sans exercer quelque influence sur cette collaboration du Conseil au pouvoir législatif. En tout cas, la situation du souverain était plus défavorable en Brabant qu'elle ne l'était en France, car il n'y possédait pas la ressource suprême des « lits de justice ».
Il lui fallut donc, bon gré mal gré, s'accommoder d'un état de choses qu'il n'aurait pu changer sans provoquer de graves difficultés. Kaunitz s'en indignait, mais Charles de Lorraine et Nény parvinrent à le contenir. Les Etats de Brabant, appuyés sur le Conseil, se trouvèrent donc à même de traiter avec le gouvernement de puissance à puissance, et il fallut faire preuve, à leur égard, d'une modération exceptionnelle. C'était d'autant plus regrettable que les progrès de la centralisation attirant de plus en plus l'attention vers la capitale, les États de Brabant, qui y siégeaient, en recevaient un prestige qui manquait aux autres États provinciaux. Par un curieux concours de circonstances, il se fit ainsi que l'opposition au gouvernement ne fut nulle part plus apparente et plus efficace que dans la résidence même du gouvernement. Bruxelles n'avait été jusqu'alors qu'une capitale administrative; il devint, dans toute la force du terme, le centre de la vie politique du pays.
Les discussions des États de Brabant intéressèrent tout le monde et poussèrent les autres États à se conformer à leur exemple. Les résistances provinciales s'unirent peu à peu en une résistance nationale. La révolution qui éclata sous Joseph II portera à juste titre le nom de Révolution Brabançonne. Ce sont les couleurs du Brabant qu'elle adoptera et qui resteront depuis lors les couleurs de la Belgique.