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LES MANUFACTURES NOUVELLES

1750, se multiplier des ateliers de toute sorte : il y en a pour la confection des cotonnettes, des flanelles, des camelots, des couvertures, des cuirs dorés, des papiers peints, des voitures, des toiles peintes et imprimées, des tapis, des porcelaines, des faïences, etc. Quelques-uns d'entre eux ont joui longtemps d'une réputation méritée, comme, par exemple, à Bruxelles, la carrosserie de Simon (1). Les tapis et les porcelaines de Tournai, dont la fabrication fut introduite dans cette ville par Piat Lefebvre et François Peterinck, restèrent célèbres jusque dans les derniers temps, et continuent à fournir des modèles à l'industrie contemporaine (2). A Gand, le bel hôtel du manufacturier Josse Clemmen rappelle encore l'opulence de ce précurseur de la puissante industrie cotonnière qui constitue aujourd'hui l'une des sources de la prospérité de la ville.

Pourtant les fabriques privilégiées n'eurent pas le succès sur lequel on avait compté. Beaucoup d'entre elles disparurent après quelques années; d'autres ne se soutinrent que par l'appui du gouvernement. L'ingénieux et actif Peterinck, même à l'époque de sa plus grande vogue, ne réalisa jamais de bénéfices. Les seuls établissements prospères que l'on puisse citer, et encore sont-ils rares, ne se rencontrent que dans l'industrie des textiles.

C'est que les circonstances étaient particulièrement défavorables au développement des manufactures nouvelles. Les tarifs de l'étranger gênaient leur exportation, et l'administration n'osa se lancer en leur faveur dans une guerre de tarifs, crainte de représailles et crainte surtout ,du mécontentement que la hausse des prix eût provoqué. Il faut constater encore que les capitaux employés furent généralement insuffisants et que, dans bien des cas, l'éducation technique des patrons et des ouvriers était défectueuse. Les anciennes industries d'art avaient disparu; la tapisserie bruxelloise, à la fin du XVIIF siècle,

(1) Voy. sa description dans Fôrster, Voyage philosophique, etc., t. II, p. 123, et dans Dérivai, Le voyageur, etc., t. I, p. 373.

(2) E.-J. Soil, Recherches sur les anciennes porcelaines de Tournai; le même, Les tapisseries de Tournai. La fabrique de tapis de Piat-Lefebre occupait, en 1783, huit cents ouvriers.

n'était plus guère représentée que par un seul atelier (1), et les artisans qui avaient fait sa réputation avaient émigré depuis longtemps vers la France. La décadence de celle d'Audenarde était plus profonde encore. Il est caractéristique que l'on n'ait pas même tenté de les ranimer. Les succédanés que l'on chercha à introduire à leur place, toiles imprimées et papiers peints, étaient des emprunts faits à l'étranger, et l'étranger mieux outillé, mieux fourni d'argent et mieux protégé, leur fit constamment une concurrence désastreuse.

Enfin les corporations de métiers ne négligeaient rien pour entraver la prospérité des fabriques. Elles prétendaient les soumettre à leur juridiction et les empêchaient jalousement d'empiéter sur leur domaine. Elles protestaient au nom de leurs vieux privilèges contre ces privilégiés récents, au nom de leur monopole traditionnel contre la concurrence intolérable de ces rivaux. Leurs protestations, il est vrai, demeuraient sans écho. Il y avait beau temps que le consommateur supportait avec impatience leur tyrannie économique. Les compagnons eux-mêmes, de plus en plus refoulés à l'écart par les « maîtres », demeuraient indifférents. En réalité, la lutte était circonscrite entre les entrepreneurs des grands ateliers et les patrons qui avaient réussi, dans chaque métier, à restreindre à leur seul profit la protection et les avantages que le régime corporatif avait assurés jadis à tous les travailleurs. Il ne subsistait plus aucune différence appréciable entre les ouvriers du métier et ceux de la manufacture. C'en était fait depuis longtemps déjà de la vieille organisation familiale et fraternelle du moyen âge, qui unissait en une étroite communauté de sentiments, de mœurs et d'intérêts le maître et le compagnon. Le métier n'existait plus qu'en apparence ; il n'avait plus d'autre utilité que celle de restreindre dans chaque industrie, à un nombre limité de personnes, le nombre des patrons, et de leur permettre ainsi de rançonner à leur gré la clientèle urbaine. Cela est si vrai que divers édits avaient, au milieu du siècle, exclu formellement les ouvriers de «l'affranchissement»

(1) Celui de van der Borgt, dont Dérivai parle avec éloge.

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