LA DRAPERIE
177,360 pièces, atteint en 1785, 291,548 pièces de 70 aunes (1).
Pendant que la fabrication des toiles se développe, la confection des dentelles, cette autre industrie traditionnelle des populations flamandes, traverse une période de déclin. Les modes du XVlll'^ siècle n'employant plus la dentelle avec la même profusion que celles du siècle précédent (2), la demande se ralentit et, comme il arrive toujours, la restriction du débit a pour conséquence un affaissement correspondant de la technique. Les pièces d'art disparaissent : on ne rencontre plus guère que des modèles destinés à la vente courante, que les ouvrières reproduisent machinalement pour les marchands de Bruxelles, de Matines ou de Bruges,
Si la draperie a presque complètement abandonné la plaine flamande, en revanche, à l'autre extrémité du pays, elle anime d'une activité croissante, la vallée torrentueuse de la Vesdre. Ce sont probablement des drapiers d'Aix-la-Chapelle qui, dans le courant du XV^ siècle, l'ont suscitée au bord de cette rivière, dont l'eau calcaire est excellente pour le dégraissage et le lavage de la laine. Elle s'y développa sans contrainte, sous les formes libres de l'industrie rurale, qui assurèrent au XVF siècle, la prospérité de Hondschoote et d'Armentières (3). Mais trop éloignée des grandes voies commerciales et des ports de la côte où arrivait la laine espagnole, elle n'eut à ses débuts qu'une existence ignorée et un débit fort modeste. Le centre principal s'en trouvait d'ailleurs de l'autre côté de la frontière, à Verviers, dans le pays de Liège, et il semble que durant longtemps les tisserands et les foulons du Limbourg travaillèrent surtout pour l€s drapiers de cette ville (4).
La situation commença à se modifier vers le milieu du XVIF siècle. En 1660, le gouvernement de Bruxelles, pour favoriser la manufacture limbourgeoise, taxa d'un droit d'entrée
(1) Van der Meersch, Mémoire sur la mendicité, etc., p. 212 et suiv.; Briavoinne, Mémoire sur le commerce, etc., p. 176.
(2) Dérivai, Le voyageur dans les Pays-Bas Autrichiens, t. IV, p. 158. Cf. P. Verhaegen, La dentelle (Bruxelles, 1902).
(3) Histoire de Belgique, t. III, 2^ édit., p. 245, t. IV, 2^ édit., p. 302.
(4) Voy. plus loin chapitre VI.
les draps de Verviers, ouvrant ainsi avec le pays de Liège, un conflit économique qui devait se prolonger jusqu'à la fin de l'Ancien Régime (1). La perception maladroite du 60^ sur les frontières liégeoises frappant la laine et les drogues de teinture, fit émigrer dans le Limbourg, au commencement du XVllF siècle, bon nombre de fabricants verviétois (2). Depuis lors, Hodimont et Eupen commencent à faire connaître leurs noms sur les marchés. Un peu plus tard, vers 1735, l'utilisation des « queues et pennes » permet aux tisserands de Dison d'inaugurer un nouveau genre d'étoffes légères et à bon marché qui, malgré les défenses et les règlements qu'on lui opposa tout d'abord, en arriva rapidement à s'imposer (3).
La sollicitude du gouvernement autrichien, à partir du milieu du xvill^ siècle, acheva d'assurer l'avenir d'une industrie si ingénieuse. Il la débarrassa des droits d'entrée sur les matières premières, lui procura les débouchés vers l'Autriche, la Hongrie et le Levant, lui réserva l'habillement des troupes cantonnées au Pays-Bas et la mit en rapport, par le percement d'une route nouvelle, avec la grande chaussée d'Aix-la-Chapelle. Le plus beau succès répondit à ses mesures. Vers 1780, la manufacture limbourgeoise était certainement, à côté de la toilerie flamande, l'industrie la plus prospère de la Belgique.
Stimulés par la concurrence toute proche de Verviers, les drapiers du Limbourg font preuve, au surplus, d'un esprit novateur que l'on chercherait vainement chez les toiliers de Flandre. Tandis que ceux-ci, assurés du marché espagnol, ne changent rien à l'organisation industrielle dont ils- se contentent d'exporter fructueusement les produits (4), on voit très nettement, aux bords de la Vesdre, s'ébaucher, sous l'in-
(1) Placcaeien van Brabant, t. IV, p. 116 et suiv., 357. Pour l'acuité du conflit en 1714, voy. de curieux détails dans un mémoire des États du Limbourg publié par D.-D. Brouwers : Contribution à l'histoire des États du duché de Limbourg au XVIIIe siècle. Bullet. de l'Institut archéol. liégeois, t. XXXIV [1904], p. 364.
(2) Gachard, Ordonnances, t. V, p. II. .»,
(3) D.-D. Brouwers, La fabrique des queues et pennes dans le duché de Limbourg. Bullet. de la Soc. verviétoise d'Archéol. et d'Histoire, t. IV [1903], p. 275 et suiv.
(4) Dérivai, Le voyageur dans les Pays-Bas Autrichiens, t. VI, p. 55.