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LES INDUSTRIES UU MÉTAL

îluence du capitalisme, une centralisation du travail. Sans doute, la grande majorité des tisserands sont encore des travailleurs à domicile (1). Mais déjà des fabriques apparaissent, groupant sous un seul toit les divers ouvriers nécessaires à la confection du drap, et chez lesquelles la force hydraulique prise à la rivière et qui met en mouvement les machines à fouler et à tondre, décuple le rendement du travail, en attendant la révolution prochaine, qu'amènera l'utilisation de la vapeur (2).

L'industrie limbourgeoise se distingue donc par son esprit d'entreprise et de progrès ; elle sait profiter de l'appui que lui donne le gouvernement et celui-ci la traite de son côté avec une bienveillance particulière. C'est sans doute en partie à cela qu'il faut attribuer l'attachement delà population du Limbourg au régime autrichien, et la sympathie caractéristique dont elle est l'objet chez les partisans de ce régime comme chez les « amis des lumières », qui louent à l'envi sa vivacité, son entrain et son énergie intelligente.

Les industries métallurgiques et extractives n'ont point joui de la même fortune que celle des textiles. Il paraît bien que ni quant au nombre, ni quant à l'importance, les hauts fourneaux et les forges n'ont guère dépassé le niveau où ils se trouvaient à la fin du XVII'' siècle. La plupart sont concentrés dans l'Entre-Sambre-et-JVleuse, dont le sol leur fournit le minerai et les grands bois, le combustible.

De la région de Chimay, où ils étaient particulièrement nombreux à la fin du régime espagnol, ils ont une tendance à se transporter dans celle de Charleroi, où la Sambre leur constitue une excellente voie d'exportation. Presque tous appar-

(1) Shaw, Essai sur les Pays-Bas Autrichiens, p. bl ; L. Thomassin, Mémoire statistique du département de l'Ourthe, p. 479 (Liège, 1879).

(2) Julin, Les grandes fabriques en Belgique vers le milieu du XVIIIe siècle, loc. cit., p. 29; H. Angenot, Inventaire raisonné du fonds de Thier déposé à la Bibliothèqi'p. communale de Verviers. Bullet. de la Soc. verviétoise d'Archéol. et d'Hist., t. Xni [1913], p. 47 et suiv. En 1767, un certain Thys, Luxembourgeois, établit à Trieste une fabrique de draps. F. Rapedius de Berg, Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la Révolution Brabançonne, publiés par P.-A.-F. Gérard, t. I, p. 55 (Bruxelles, 1842).

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tiennent à de grands propriétaires fonciers, abbayes ou seigneurs laïcs. Mais l'esprit d'entreprise manque à ces capitalistes ruraux.

S'ils entretiennent leurs établissements, ils ne cherchent ni à les développer, ni à les perfectionner. Comme cent ans auparavant, les hauts fourneaux n'ont encore qu'une vingtaine de pieds de hauteur; c'est tout au plus si chacun d'eux occupe une dizaine d'ouvriers, auxquels il faut ajouter une centaine de bûcherons et de charbonniers chargés de fournir le combustible. Quant aux forges, une quarantaine de travailleurs à l'atelier et deux cents environ dans la forêt voisine constituent le personnel des plus importantes (1).

Le fer qu'elles produisent suffit d'ailleurs surabondamment à l'approvisionnement du marché national, dont les exigences ne sont pas excitées comme en Angleterre et en France par les besoins d'une marine puissante et d'une armée nombreuse. La plus grande partie s'en exporte vers le pays de Liège, où il alimente la fabrique d'armes, et même les clouteries, dont celles du Hainaut et du Namurois soutiennent malaisément la concurrence.

Comparée à la métallurgie dont rien ne permet encore de prévoir le brillant avenir, la verrerie trahit une activité plus encourageante. Presque toutes les fabriques de verre fondées çà et là dans les villes au XVF et au XVIF siècle sur le modèle de celles de Venise, ont disparu. On ne s'attache plus qu'à la fabrication courante, et cette fabrication se concentre très nettement autour de Namur et de Charleroi, grâce aux facilités que lui procure dans ces régions l'abondance du combustible et des matières premières. Dans la seconde moitié du siècle, des verreries s'installent à Ghlin, à Jumet, à Seneffe, etc. Ce ne sont encore là sans doute que des ateliers assez peu importants à chacun desquels suffit en moyenne une vingtaine

(1) Julin, Les grandes fabriques au commencement du XVIII« siècle, loc. cit. y p. 19; H. de Nimal, La métallurgie à l'exposition de Charleroi en 1911, dans Q, Drèze, Le livre d'or de l'exposition de Charleroi (Bruxelles, 1913); A. Warzée, Exposé historique et statistique de l'industrie métallurgique dans le Hainaut. Mém. de la Soc. des Sciences du Hainaut, 1863.

d'ouvriers. Malgré les octrois et les tarifs douaniers de faveur que leur accorde le gouvernement, ils ne parviennent guère à répandre leurs produits au delà des frontières et se contentent de fournir le marché interne (1). Mais déjà, sous leurs modestes hangars, les « souffleurs » et les « tiseurs » préludent à cette habileté technique qui fera au siècle suivant, de la verrerie belge, une industrie mondiale.

Sous toutes ces petites usines dont les fours se chauffent au charbon de bois, la houille est accumulée pourtant dans les profondeurs du sol où dort sa formidable énergie. Dès le moyen âge, on l'utilisait dans la région pour l'usage domestique, et peu à peu, elle s'est répandue dans les contrées voisines. Au XVIF siècle, elle est devenue dans tout le pays un objet de consommation indispensable. On s'en sert non seulement pour chauffer les appartements, mais pour approvisionner les fourneaux des maréchaux ferrants, ceux des brasseurs, des teinturiers, des blanchisseurs, des raffineurs de sel, des sucriers, des savonniers, des briquetiers, etc. (2). Si superficiel qu'il soit encore à nos yeux habitués à ses prodiges de léviathan, son emploi, dès la fin du XVIIP siècle, est tellement nécessaire à l'industrie qu'à Gand, les troubles de la Révolution Brabançonne, en suspendant l'arrivage de la houille, forceront au chômage quantité d'ateliers (3). A Bruxelles, les brasseurs voudraient, pour pouvoir se la procurer à meilleur compte, qu'on en interdise l'exportation. Car malgré la concurrence de l'Angleterre, celle-ci est déjà assez active : elle se pratique avec la France, avec la Hollande (4) ; en 1777, il est question de « charbons de terre belgiques » expédiés vers les ports autrichiens et hongrois (5).

Rien d'étonnant, dès lors, si vers cette époque l'extraction du charbon de terre prend un essor qui frappe de surprise les

(1) Julin, op. cit., p. 49.

(2) Voy. par exemple Gachard, Ordonnances, t. IX, p. 21, 197, 208.

(3) Gachard, Documents sur la révolution belge de 1790, p. 159 n. (Bruxelles, 1834).

(4) E. Hubert, Voyage de Joseph II, p. 109.

(5) Gachard, Ordonnances, t. XI, p. 222.

contemporains. A la fin du XVIF siècle, elle se restreignait presque entièrement à un espace de sept lieues de long sur deux lieues de large, entre Quiévrain et Mariemont, et les bures les plus profondes ne descendaient pas plus bas que 150 toises (environ 200 mètres) (1). Mais après la paix d'Aix-la- Chapelle, des veines nouvelles sont mises partout en exploitation dans le Hainaut, dans le Namurois, dans le pays de Hervé.

Le bassin de Charleroi, vers 1774, commence à révéler sa richesse. Des sociétés, espérant découvrir de nouveaux gisements carbonifères, se constituent par octroi du gouvernement pour opérer des sondages, en 1765, à Ninove, à Leverghem et à Gavre, en 1766, en Brabant, en 1771, à Harlebeke et à Avelghem, en 1775, aux environs de Louvain, en 1777, autour de Nivelles, à Bouvignes en 1779 (2).

En même temps, grâce à l'intervention croissante du capital, la technique minière se perfectionne et augmente la production. A la fin du XVir siècle, la plupart des mines n'étaient encore exploitées que par des associations d'ouvriers et de marchands de charbon ne disposant pas des ressources suffisantes pour les outiller convenablement sur le modèle de celles du pays de Liège (3). On citait comme une exception la compagnie de Wasmes, qui, en 1689, avait pu réunir les 25 mille écus nécessaires à l'établissement d'une pompe d'épuisement mue par la force hydraulique. Trente-cinq ans plus tard, en 1725, un riche propriétaire de forges et de verreries, le vicomte Desandrouin, faisait construire pour le charbonnage du Fayat, la première pompe à feu du système Newcommen quij ait fonctionné dans la région, et qui y travailla sans interruption jusqu'en 1834 (4). 11 trouva naturelle-

(1) Mémoire de l'intendant du Hainaut en 1691, p. 41. Bibl. Roy. de Bruxelles, manuscrit 40-47.

(2) Gachard, Ordonnances, t. IX, p. 197, 260, t. X, p. 98, t. XI, p. 58, 372.

(3) G. Decamps, Mémoire historique sur l'origine de l'industrie houillère dans le bassin du Couchant de Mons. Mém. de la Soc. des Sciences du Hainaut, 1880, p. 190.

(4) H. de Nimal, op. cit., p. 41.

ment des imitateurs. S'il faut en croire des renseignements d'ailleurs assez peu sûrs, douze machines Newcommen auraient été en activité dans le « Couchant de Mons » en 1766, et dix-neuf, dix ans plus tard.

Les dépenses nécessitées par l'érection de ces machines dépassaient de trop loin l'épargne des anciennes associations d'exploitants pour que celles-ci ne dussent pas, peu à peu, se subordonner ou céder la place à des entrepreneurs de fortune et de crédit solides. Dès 1778, le duc d Arenberg et le seigneur de Châtelineau fondent, pour l'exploitation de la veine du Gouffre, une société qui est l'origine de la société actuelle de Couillet. En 1787, les principaux actionnaires de celle de Chapelle-lez-Herlaimont sont le prince de Grimberghe et le marquis de Chasteler (1). Ailleurs, les bailleurs de fonds auxquels on a eu recours pour l'établissement des pompes à feu, se réservent un « droit d'exhaure » qui comprend du onzième au quatorzième de tout le charbon extrait. Vers le milieu du siècle, l'extraction est déjà si active que l'on réclame le creusement des canaux de Mons à Condé et de Charleroi à Bruxelles, dont le premier ne devait être ouvert qu'en 1807 et le second en 1826. Néanmoins, malgré la défectuosité des voies de transport et les tarifs désanvatageux de la frontière française, l'exportation réalise des progrès considérables. De 1762 à 1785, elle décuple, passant de 2,400 tonnes à 21,000 environ (2). Elle est aujourd'hui trois cents fois plus grande, et cette simple constatation montre d'une manière frappante qu'il est impossible de ramener à une commune mesure le mouvement économique de notre époque et celui de l'Ancien Régime finissant.

Cependant, il existe incontestablement entre eux un lien de filiation. Dès le règne de Marie-Thérèse, non seulement la Belgique possède déjà presque toutes ses industries caracté-

(1) J. Monnoyer, Mémoire sur l'origine et le développement de l'industrie houillère dans le bassin du Centre, p. 42 (Mons, 1873); Gachard-Verhaegen^ Ordonnances, t. XIII, p. 110.

(2) Briavoinne, Mémoire sur le commerce, etc., p. 176.

ristiques, mais on les y rencontre dans les mêmes régions où elles fleurissent encore : les textiles en Flandre et dans la vallée de la Vesdre, la métallurgie, la verrerie et les charbonnages dans le Hainaut et le Namurois. En dépit de la malveillance de la Hollande et du protectionnisme de^la France et de l'Angleterre, elles ont réussi, grâce à la paix tout d'abord, mais grâce aussi aux mesures prises par le gouvernement, à se faire leur place au soleil. Elles ont su tirer parti des circonstances favorables que leur offraient l'énergie d'une population travailleuse, l'abondance et le bon marché de la main-d'œuvre, la position centrale du pays, les marchés enfin que fournissaient à certaines d'entre elles l'Espagne, la Hollande et l'Allemagne.

11 est certain qu'elles ont contribué pour une large part à l'augmentation des revenus du trésor qui se manifeste durant la seconde moitié du XVIIF siècle. Les droits de douane étaient de 1,609,220 florins en 1740; ils sont de 4 millions 13,930 florins en 1787 (1). Pareillement, l'ensemble des recettes de l'État monte de 1749 à 1779 de cinq millions et demi de florins à quinze] millions (2). Le bien-être général grandit. L'usage du thé se généralise, et plus encore celui du café. Il en entrait en 1762, 196,180 livres; en 1785, son importation atteint le chiffre de 4,730,573 livres (3).

Pourtant si l'industrie se relève, il s'en faut de beaucoup qu'elle ait atteint au niveau où elle pourrait prétendre. Sur ce point, tous les observateurs sont d'accord. Si encourageants que paraissent les progrès accomplis, il reste encore énormément à faire. L'organisation économique devrait être rajeunie et complétée. En l'absence de tribunaux de commerce, la lenteur et les frais des procédures civiles alourdissent déplorablement la marche des affaires. Bruges, depuis 1665, Gand, depuis 1729, possèdent chacun une Chambre de com-

<1) G. Bigwood, Les impôts généraux dans les Pays-Bas Autrichiens, annexe 0 et p. 293.

(2) Piot, Marie-Thérèse, p. 92.

(3) Briavoinne, op. cit., p. 176.

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