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LA GUERRE DE DEVOLUTION

Le 8 juin, il promet à tous ceux qui combattront en partisans des titres de noblesse avec l'exemption des impôts et la propriété du butin qu'ils pourront faire. Il essaye d'organiser des levées dans les provinces, 12,000 hommes en Flandre, 2,400 dans le Namurois. Cependant, de Madrid, la régente supplie ses sujets de tenter un dernier effort « à trouver des moyens prompts et efficaces pour résister à l'attentat si surprenant du roi de France », promettant d'envoyer « de temps en temps les secours et assistances qu'il nous sera possible » (1).

Pendant qu'elle avouait ainsi sa détresse, l'invasion savamment préparée par Turenne se déroulait comme une majestueuse parade militaire accompagnant l'entrée triomphale du roi et de la reine dans leur nouvelle possession. Les dames de la Cour suivaient les troupes en carrosse. Van der Meulen dessinait les sièges des places qu'il devait peindre au retour avec cet art ingénieux qui nous a conservé le spectacle de cette étonnante campagne. On n'avait qu'à se montrer pour que les villes ouvrissent leurs portes. Le 5 juin, Bergues se rend, le 12, Furnes, le 24, Tournai, le 6 juillet, Douai, le 18, Cambrai, le 31, Audenarde. On ne fait guère de tranchées devant les places « que pour sauver l'honneur des gouverneurs ». Termonde seule, enveloppée par l'inondation tendue autour de ses murs, fit mine de résister. Mais il était inutile d'interrompre pour si peu la marche de l'armée. Turenne n'insista pas et se rabattit sur Lille. Ce fut le premier siège de Vauban et il ne dura que quelques jours. Un coup de main que Castel Rodrigo laissa tenter par Marsin contre les lignes françaises échoua. La capitulation de la place fut signée le 17 août. On prit encore Alost, puis on cantonna les troupes pour l'hiver, dans le pays de Gand et de Bruges.

Aussi bien les Provinces-Unies, que paralysait au début des opérations leur lutte contre l'Angleterre, venaient-elles de forcer celle-ci à la paix par l'audacieux bombardement de Chatam (31 juillet 1667). Elles ne songeaient plus qu'à raffermir

(1) Bullet. de la Comm. roy. d'Histoire, 2« série, t. I [1851], p. 411.

22 jusqu'à la mort DE CHARLES II

dans les Pays-Bas leur barrière ébranlée, et Jean De Witt y travaillait fiévreusement. Dès le commencement de 1668 une alliance unissait contre la France, la République à l'Angleterre et à la Suède. L'empereur aurait suivi si, dès le 20 janvier, Louis XIV ne l'avait mis hors de cause en s'entendant avec lui sur le partage éventuel de la monarchie espagnole. Il s'y réservait entre autres les Pays-Bas et la Franche-Comté, dont le prince de Condé s'emparait en quinze jours, du 5 au 19 février. Au reste, il était pour le moment décidé à ne pas pousser plus avant. Dès le 15 avril, il s'était mis d'accord avec les trois puissances alliées. On donnait à l'Espagne V« alternative » de céder soit le Luxembourg et la Franche-Comté, soit une frontière nouvelle en Artois, en Flandre et en Hainaut. Elle se résigna. Le 2 mai 1668, le traité d'Aix-la-Chapelle abandonnait au roi très chrétien, Charleroi, Binche, Ath, Douai avec le fort de Scarpe, Tournai, Audenarde, Lille, Armentières, Courtrai, Bergues et Furnes avec leurs bailliages, territoires, seigneuries et appartenances (1). Pour la seconde fois, le repos de l'Europe était rétabli par l'ébrèchement des Pays-Bas. Mais du moins ce qui en restait était-il confié désormais à la garde des puissances qui venaient de faire payer par l'Espagne la paix qu'elles achetaient à la France.

Paix bien précaire d'ailleurs, et dont un simple coup d'œil jeté sur la frontière exigée par Louis XIV fait deviner la fragilité. Car cette frontière en dents de scie, poussant des pointes avancées en territoire espagnol est en réalité une frontière de guerre et ressemble presque à une ligne de circonvallation tracée devant l'ennemi. En apparence le roi de France s'est fait donner des places « pêle-mêlées », en'^réalité il les a judicieusement choisies pour tenir par elles tous les passages des rivières : celui de la Sambre par Charleroi, celui de l'Escaut par Audenarde, celui de la Lys par Courtrai. Et sa position est d'autant plus menaçante que derrière ces têtes de ponts, il déploie une activité fébrile pour organiser et fortifier ses

(1) Vast, Les grands traités du règne de Louis XIV, t. II, p. 14 et suiv.

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