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CHAPITRE V

Depuis le triomphe du catholicisme sur la Réforme à la fin du XVF siècle, toute la vie intellectuelle de la Belgique s'était concentrée dans l'Église. De la Renaissance, elle conservait les traditions littéraires et les méthodes, mais sous ce vêtement moderne elle obéissait, comme au moyen âge, aux directions de la théologie. La scolastique régnait de nouveau sur la philosophie, et le latin, langue sacrée et langue savante, avait si complètement repris son rôle d'instrument de la pensée que les langues nationales, méprisées et réduites à des besognes subalternes de vulgarisation, d'enseignement ou d'amusement, ne possédaient plus aucune perspective de développement littéraire. Le discrédit qui les frappait s'étendait à toute la société laïque. Le clergé la dominait de haut, lui imposait les voies à suivre, réglementait toutes ses activités, l'inspirait de son esprit, non seulement par l'ardeur de son prosélytisme, mais par l'instruction qui lui appartenait entièrement et par l'influence qu'il exerçait sur le gouvernement et les pouvoirs publics.

Deux foyers distincts et fort différents l'un de l'autre entretenaient cette puissante énergie : la Compagnie de Jésus et l'Université de Louvain. La première, jeune, hardie, dévorée de

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