LES ACADÉMIES DE BEAUX-ARTS
Charles de Lorraine et Cobenzl n'épargnent point les encouragements aux jeunes gens de talent qu'on leur signale et cherchent à ranimer l'école flamande pour laquelle, le second, du moins, manifeste une admiration sincère. Un édit constate avec complaisance, en 1773, que les arts fort « négligés et déchus » commencent à se ranimer grâce à l'action des académies (1).
Pourtant, l'enseignement académique dans lequel le culte de Rubens se combine avec celui des modèles italiens ne pouvait susciter un art national. 11 produit des élèves dont les meilleurs, un Herreyns (1743-1827), par exemple, ou un Verhaghen (1728-1811), ne produisent que des œuvres froides et banales, manquant autant de coloris que d'accent personnel. Leur contemporain A.-C. Lens (1739-1822) se fait l'introducteur en Belgique de ce retour à l'antique qui, à la fin du XVIIP siècle, s'impose partout à la production artistique et inaugure des tendances nouvelles. Son traité du Costume des peuples de l'antiquité, publié eh 1776, a été traduit dans plusieurs langues et lui a valu une réputation universelle. Joseph II lui a fait l'honneur d'une visite lors de son passage à Anvers ; plus tard, l'Institut de France devait lui ouvrir ses portes. Les mêmes prédilections se retrouvent chez le Brugeois Joseph Suvée (1743-1807) qui mourut directeur de l'Académie de France à Rome et dont le buste se conserve encore à la villa Médicis.
La sculpture montra plus de vitalité que la peinture. Un élève de Laurent Delvaux, Godecharle (1751-1835), voyagea en Italie grâce aux subsides de Charles de Lorraine, et fut le promoteur de l'école belge du commencement du XIX^ siècle. Beaucoup mieux doué, le Gantois P.-A. Verschaffelt (1710-1793), après s'être longtemps fixé à Rome, où la statue de bronze qui couronne le château Saint-Ange rappelle encore son souvenir, fut appelé à Mannhein par l'électeur palatin (1752) et y fonda une académie dont le rayonnement disparut avec lui. En revanche, c'est un étranger Théodore-Victor van Berkel de Bois-le-Duc
(1) Qachard, Ordonnances, t. X, p. 361.
qui, nommé en 1776 graveur général des monnaies à Bruxelles,. y remit en honneur l'art de la médaille par ses compositions élégantes et gracieuses.
La musique, tout au moins la musique de chambre et la musique dramatique, profitèrent de raffinement de la vie sociale et du goût croissant pour l'Opéra. Le théâtre de Bruxelles, durant le règne de Charles de Lorraine, passait pour posséder, sous la direction de l'Allemand Vitzthum, un des meilleurs orchestres de l'Europe. Les sonates du Gantois Loeullet méritent d'être citées, à côté des œuvres du Liégeois Hamal (1743), le premier inspirateur de Grétry, comme antérieures aux productions de l'école de Mannheim. Le clavecin inspire une abondante littérature (Mathias Van den Gheyn, Raick, J.-J. Robson et P.-J. Le Blan). G.-G. Kennis et P. Van Maldere se distinguent parmi les auteurs de sonates pour violon. La musique religieuse, plus négligée, est représentée par François Kraft et Pierre Verheyen.
Le caractère profane qui, dans tous les arts, commence à l'emporter sur le caractère religieux, ne s'affirme nulle part plus nettement que dans l'architecture. Presque toutes les grandes constructions de la Belgique au XVIP siècle ont été des églises. Par contre, le XVIIP siècle, où l'État développe si largement son action, a vu s'élever surtout des bâtiments civils. C'est à Bruxelles, centre de la Cour et du gouvernement, que se rencontrent les plus importants et les plus remarquables d'entre eux. La construction des hôtels ministériels,, de la chancellerie de Brabant, des logis symétriques de la rue Ducale, de la place et de la rue Royale, élevés de 1765 à 1786, ont imprimé au centre de la capitale l'aspect qu'il conserve encore et qui lui a donné la parure indispensable à une « résidence » archiducale. Cette œuvre autrichienne est d'ailleurs toute française par la régularité de ses plans et le dessin général de ses façades. Elle est évidemment inspirée de la Grand'Place de Nancy, dont son auteur principal, le Français Guimard, n'a pas réussi à atteindre l'heureuse élégance. L.-J. Montoyer, de Mariemont (1800), son collaborateur et son disciple, éleva le château de Laeken. Ainsi, c'est par des