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LA JEUNE DROITE ET LA LÉGISLATION SOCIALE

Manifestement, les yeux se dessillaient de ceux qui peu de temps auparavant vantaient « l'excellence » de la situation militaire. Le moment approchait où il ne serait plus possible de persister dans une politique qui, tout en acceptant de fortifier le pays, refusait les hommes à ses forteresses. En 1908, la proposition d'instaurer le service personnel n'était plus repoussée au Parlement que par 78 voix contre 70. La « jeune droite » tout entière l'appuyait. Le chef du Cabinet lui-même, F. Schollaert, s'y ralliait brusquement au milieu de la stupeur de la « vieille droite », le 12 novembre 1909. Quelques jours plus tard, la réforme était enfin votée par 100 voix contre 58.

Léopold II eut la satisfaction de signer sur son lit de mort la loi qui rendait possible la réorganisation militaire du pays.

L'intérêt électoral qui avait si longtemps empêché la droite de parer au péril militaire, la poussait impérieusement au contraire à parer au péril social. Il ne s'agissait plus ici d'éventualités lointaines et que l'on pouvait considérer comme problématiques, mais de réalités visibles et pressantes. Pour arrêter l'avance socialiste, le meilleur moyen était de lui opposer en se l'appropriant son programme de réformes. Les encycliques de Léon XIII traçaient le plan de l'œuvre à accomplir. Le prolétariat séduit par les utopies marxistes serait ramené à l'esprit chrétien par les bienfaits d'une législation revenue des erreurs de l'économie libérale. La « jeune droite » à laquelle les conservateurs catholiques avaient bien dû faire sa place depuis l'abolition du régime censitaire, devenait le protagoniste de mesures sociales où l'État, sans prétendre s'imposer à l'initiative individuelle et à la charité, leur accorderait son appui.

Intermédiaire pour ainsi dire entre le socialisme d'État et le libéralisme individualiste, la législation sociale de la Belgique présente un caractère qui l'a fait considérer par les uns comme un modèle et taxer par les autres de timidité et d'incon-

que dans la prochaine guerre l'Allemagne n'hésiterait pas à envahir la Belgique. L'empereur l'avait directement invité à la violer lui-même en lui proposant une alliance qui eût été récompensée, après la victoire, par la restitution à la Belgique des territoires conquis par la France sur l'État bourguignon. Voy. sur ceci les Mémoires du chancelier de Biilow, t. II, p. 108 et suiv. de la traduction française.

séquence (l). A tout prendre, et si l'on songe à la difficulté de protéger efficacement le travail sans nuire à l'inéluctable nécessité qu'impose au pays son besoin de produire à bon marché, l'œuvre réalisée est remarquable. Il suffira de mentionner ici la création, en 1895, d'un ministère du travail, la loi du 10 mai 1895 sur les pensions de vieillesse, puis celles qui établirent ou réformèrent en 1896 les règlements d'atelier, en 1897 l'inspection des mines, en 1898 l'octroi de la personnification civile aux unions professionnelles, en 1903 les garanties contre les accidents du travail, en 1905 le repos du dimanche.

Pour achever cette esquisse de l'activité des gouvernements catholiques, il reste à jeter un coup d'œil sur leur intervention en matière linguistique. Dès avant la revision de 1893, on l'a vu plus haut, la question flamande s'était imposée à l'attention de la droite. Élue surtout par les provinces flamandes elle était le seul parti qui s'intéressât à leurs griefs et qui en comprît la raison d'être. Sans doute aussi voyait-elle dans l'attachement du peuple à sa langue une garantie précieuse pour le maintien de la foi menacée par les progrès de la libre pensée française. Le ministère de 1884 s'était empressé de donner des gages de sa bonne volonté. En 1886, une Koninklijke Vlaamsche Académie voor taal en îetterkunde avait été instituée à Gand, et la même année l'apparition de billets de banque imprimés dans les deux langues nationales avait été, si léger qu'il pût paraître, le premier symptôme de l'orientation du pays vers un régime administratif bilingue. L'introduction de cours flamands à l'École militaire, en 1888, marquait un pas de plus dans cette direction. Une loi imposant l'année suivante l'emploi du flamand dans la procédure criminelle des affaires où seraient impliqués des prévenus flamands, donnait enfin satisfaction à des réclamations depuis trop longtemps rebutées.

Ces preuves de sympathie ne pouvaient que renforcer et encourager les flamingants. Le grand congrès qu'ils tinrent à Bruxelles en 1890 attesta qu'ils croissaient tout ensemble en

(1) Seebohm-Rowntree, Comment diminuer la misère? p. 464 et suiv.

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