‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 19 sur 128 · INTERVENTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

INTERVENTION FRANÇAISE

çaient à coup sûr. Daine n'avait pas exécuté l'ordre de manœuvrer pour rejoindre Tieken de Tenhove. Attaqué le 7, il était le 8 mis en déroute à Hasselt et ses troupes débandées faisaient sur Liège une retraite qui ressemblait à une fuite. Isolé en face d'un ennemi supérieur en nombre, en discipline et en armement, l'armée de l'Escaut était perdue. Le combat qu'elle livra à Bautersem le 1 1 août n'améliora pas sa situation. Un mouvement tournant de Saxe-Weimar la contraignit le lendemain à se replier sur Louvain. L'ennemi était maître de son sort. Elle le sentait et s'agitait sous son étreinte en mouvements impuissants et confus. La vaillance du roi qui comme un sous-lieutenant s'exposait au feu, plaçait lui-même des pièces en batterie et faillit se faire enlever par la cavalerie hollandaise, électrisait les combattants qui le voyaient faire. Mais sur les derrières, la débandade commençait et les routes s'encombraient de fuyards. Sans l'arrivée du maréchal Gérard, les Belges, coupés de Bruxelles, étaient inévitablement forcés de se rendre. Au commencement de l'après-midi, l'apparition de l'avant-garde française faisait cesser le feu. Les Hollandais avaient pour instructions de se retirer devant elle. Des pourparlers courtois réglèrent la fin d'une aventure qui, poussée plus avant, eût pu finir plus mal. L'occupation de Louvain donna une satisfaction d'amour-propre au prince d'Orange. Le jour suivant, ses troupes, suivies à petite distance par les Français, regagnèrent la frontière.

Telle fut « la campagne des dix jours » (l). Succès incontestable, et d'ailleurs certain d'avance, pour la Hollande, elle s'achevait pour la Belgique en une déroute honteuse. Le «défaitisme », pour ne pas dire plus, d'une grande partie des officiers (2), l'inexpérience de leurs chefs, l'incroyable insouciance du Congrès et du Régent expliquent ce pitoyable échec sans

(1) Sur cette campagne, voy. surtout : P. -A. Huybrecht, Histoire politique et militaire de la Belgique, 1830-1831 (Bruxelles, 1856); J. den Béer Portugael, De tiendaagsche veldtocht (La Haye, 1906); A. Martinet, LéopoldP'' et V interventionfrançaise en 1831 (Bruxelles, 1905).

(2) Le 9 août, le prince d'Orange écrit qu'on a trouvé des écharpes oranges dans les coffres de Daine, den Béer Portugael, op. cit., p. 437.

HiST. DE Belg. VII 3.

34 jusqu'aux traités de i83g

l'excuser. S'il y eut de nombreux actes de bravoure individuelle, la faiblesse de la résistance fut telle que la marche des vainqueurs ressembla presque à une promenade militaire. Le nombre des tués et des blessés, respectivement 1 12 et 457 du côté hollandais, 91 et 453 du côté belge, reste bien en dessous de celui des journées de septembre.

Du moins la campagne fournit-elle la preuve que le pays ne voulait ni d'une restauration orangiste, ni d'une annexion française. Le prince d'Orange s'attendait à voir les populations acclamer ses troupes : elles les virent passer en silence (l). Les complicités achetées sur lesquelles il comptait ne parvinrent à provoquer aucun mouvement. Il n'y en eut pas davantage sur le passage du maréchal Gérard. Et cette persistance du sentiment national au milieu de la défaite, n'en est que plus caractéristique.

En arrêtant les troupes hollandaises, la France n'avait agi qu'en mandataire de l'Europe. Mais si Louis-Philippe ne pouvait songer et ne songeait pas à conserver la Belgique, il était ravi d'autre part du facile succès que ses armes venaient de remporter. Palmerston enrageait de voir Léopold, à peine débarqué de Londres, faire figure devant l'Europe de protégé du roi des Français. Dans sa malveillance il allait jusqu'à soupçonner le cabinet de Paris, d'avoir provoqué l'attaque de Guillaume (2). Il était prêt à tout pour l'empêcher de tirer parti d'une intervention que les circonstances l'avait obligé à tolérer. Soutenu par l'opinion britannique, il déclarait le 15 août au Parlement que la guerre éclaterait, si les Français n'évacuaient promptement la Belgique. L'armistice conclu par Gérard le 29 avec la Hollande, ne laissait plus de prétextes pour prolonger l'occupation. Louis-Philippe le rappela en septembre. Il dut renoncer à l'espoir de faire démolir une partie au moins de la barrière des forteresses construites en 1815 sur l'ordre de l'Europe, par le roi des Pays-Bas. Il fallut se contenter là dessus, d'une promesse de Léopold. Mais il res-

(1) Le 4 août, il croyait que 13.000 hommes armés allaient se déclarer pour lui entre Liège et Verviers. Ibid., p. 435.

(2) Bulwer, loc. cit., p. 97.

Page 1