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LE TRAITÉ DES XXIV ARTICLES

tait à la France le prestige d'avoir victorieusement défendu la neutralité belge, qui cessait d'apparaître ainsi comme tournée contre elle. La réorganisation militaire du jeune royaume se fit aussi à son avantage. Ce furent des officiers français qui l'accomplirent et dont beaucoup, au grand dépit de Palmerston, restèrent au service de la Belgique.

Si les événements du mois d'août avaient profité à la France, ils avaient en revanche discrédité la Belgique aux yeux du monde. A la Conférence de Londres, on ne se faisait pas faute de traiter les Belges de couards et Léopold d'incapable (l ). Palmerston s'inquiétait du danger de laisser au pouvoir de ces vaincus, au cas d'une guerre contre la France, des forteresses aussi importantes que Maestricht et Luxembourg. Ainsi l'Angleterre elle-même ne voulait plus des XVIII articles qu'elle avait tant contribué à faire adopter. « Ils ontpéri, disait Lebeau, dans les plaines de Louvain » (2). Le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche et surtout le tsar à qui l'écrasement de la révolution polonaise laissait les mains libres, travaillaient ouvertement en faveur de Guillaume. Seul Louis-Philippe soutenait encore la cause des Belges. On en arriva à se mettre d'accord le 14 octobre, sur vingt-quatre articles que la Conférence, une fois de plus, et cette fois pour s'y tenir, déclara « décisions finales et irrévocables ».

Ils accordaient à la Belgique la partie wallonne du Luxembourg y compris les environs d'Arlon, la partie allemande devant revenir au roi de Hollande qui la posséderait à titre de grand-duc et de membre de la Confédération germanique. En compensation des territoires luxembourgeois qu'il perdait, il recevait Maestricht plus toute la portion du Limbourg située sur la rive droite de la Meuse, ainsi que Ruremonde et Venloo. Des stipulations réglaient l'écoulement des eaux belges à tra-

(1) Bulwer, hc. cit., p. 101. D'après la lettre de Palmerston qu'il publie, Talleyrand aurait profité de la déroute des Belges pour les déclarer incapables de maintenir leur indépendance et indiquer que la meilleure solution serait le partage de leur pays entre la France, la Prusse et la Hollande et l'érection d'Anvers en port franc.

(2) L. Hymans, Histoire parlementaire de la Belgique, t. I, p. 487.

36 jusqu'aux traités de iSSg

vers la Flandre Zélandaise, la libre circulation sur les rivières, la construction d'une route vers l'Allemagne à travers le Limbourg. A titre d'intervention dans la liquidation des dettes des Pays-Bas, la Belgique était astreinte au paiement d'une rente de 8.800.000 florins. Les Puissances la soumettaient enfin au régime de la neutralité perpétuelle sous leur garantie.

Pour les Belges, c'était tomber de haut. Fallait-il donc se résigner à abandonner ces « frères » des régions limbourgeoises et luxembourgeoises que le traité des XVIII articles donnait la possibilité de conserver à la patrie commune? Mais que faire sinon courber la tête? Comment oser encore parler de guerre sans se couvrir de honte? Sur qui compter d'ailleurs en cas de refus? En France, les républicains se taisaient et le gouvernement se ralliait aux décisions de l'Europe. On se voyait acculé à l'inévitable. Les Chambres, à peine réunies, allaient débuter dans la vie politique en expiant les fautes du Congrès. Elles se résignèrent à sanctionner les résultats de la défaite dont elles n'étaient pas plus responsables que le roi. Le 1" novembre, la Chambre des Représentants ratifiait le traité des XXIV articles ; le Sénat faisait de même deux jours plus tard . Le 15, Sylvain van de Weyer en signait le texte à Londres avec les plénipotentiaires des cinq cours représentées à la Conférence.

Elles avaient compté sur l'adhésion de Guillaume. Mais conséquent avec lui-même, il repoussa un arrangement si différent des bases de séparation acceptées par lui au mois de février et auxquelles il avait résolu de se tenir. L'idée de reconnaître l'indépendance des Belges qu'il venait de battre, était insupportable à l'orgueil de cet entêté. Il ne parlait de leur roi qu'en l'appelant « le Léopold » ou « Monsieur Léopold », et il avouait que son gosier se refusait à prononcer le nom de Belgique (l). Au reste il se sentait encouragé par la sympathie

(1) Gedenkstukken, loc. cit., t. III, pp. 494, 539, 405. Au mois d'avril 1832. Léopold ayant fait envoyer en Hollande des tableaux appartenant à Guillaume qui se trouvaient au château de Laeken, celui-ci les renvoya avec une lettre déclarant que son intention n'était pas de recevoir < une partie de ses effets qu'on semblait vouloir déplacer ». Ibid., p. 273. Pour lui, Léopold n'était qu'un « préfet français >■ Ibid., p. 494.

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