‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 50 sur 128 · LA BELGIQUE ET LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE I · texte numérisé non relu

LA BELGIQUE ET LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE I

Il apparaît aujourd'hui que la terreur provoquée en Belgique par la Révolution de février était fort exagérée. Absorbé par les difficultés intérieures, le gouvernement de Paris ne pouvait songer à envahir ses voisins. Tout au plus favorisait-il chez eux des menées républicaines. Mais ces menées ne pouvaient réussir que par l'assentiment du peuple, et l'on a vu que les Belges ne se laissèrent pas entraîner par elles. On ne peut vraiment se figurer que les échauffourées de Quiévrain et de Risquons-Tout aient mis l'État en péril. Il est certain d'autre part qu'il eût été bien difficile de résister à une invasion militaire, car le pays n'aurait pu lui opposer que ses seules forces. Travaillées par la révolution, ni la Prusse ni l'Autriche ne fussent venues à son aide; c'est tout au plus si l'Angleterre, surprise et déconcertée par les événements, eût envoyé quelques navires dans l'Escaut; et l'on ne pouvait sérieusement compter sur l'appui dont le gouvernement hollandais, dans son affolement, laissait entrevoir l'éventualité (l).

La prudence imposait donc de s'envelopper dans la neutralité la plus scrupuleuse, d'écarter de soi tout soupçon non seulement d'hostilité mais de parti-pris, d'affecter la plus grande confiance dans les déclarations rassurantes du Gouvernement provisoire de Paris. La première en Europe, la Cour de Bruxelles avait reconnu officiellement, dès le 28 mai, la nouvelle république française. Pour se concilier ses bonnes grâces, elle observait vis-à-vis des autres Puissances une réserve confinant à la pusillanimité. Elle se gardait d'encourager les dispositions bienveillantes que lui montrait le Parlement de Francfort, faisait dissuader le prince de Prusse, écarté de Berlin par la révolution, de traverser le territoire belge, refusait d'écouter les propositions de la Russie de remettre en vigueur les stipulations du traité des forteresses, n'osait enfin, plus encore sans

(1) M. Huisman, L'incidence de la crise révolutionnaire de 1848-49 sur les rapports hollando-belges {Revue de l'Université de Bruxelles, 1925.)

doute par crainte de froisser la France que la Confédération germanique et le roi de Hollande, soutenir dans le Grand- Duché de Luxembourg le mouvement qui s'y prononçait pour un retour à la Belgique (l). Avec une naïveté touchante, le ministre des affaires étrangères croyait habile d'affirmer à toute occasion qu'au fond la constitution belge n'était guère moins républicaine que la constitution française. Pourtant la situation restait délicate. Le Gouvernement provisoire, dépité de l'attitude des Belges, ne leur témoignait qu'une froideur suspecte. Il laissait leurs nationaux fixés à Paris continuer sous ses yeux leur propagande anti-monarchique. Il prenait des mesures douanières désastreuses pour l'industrie belge. A la veille de disparaître, il réclamait à Bruxelles une somme de quinze millions comme remboursement des frais causés en 1831 et en 1832 par les expéditions du maréchal Gérard (2).

L'écrasement de l'insurrection parisienne de juin et la substitution, qui en fut la conséquence, de la république bourgeoise à la république démocratique fit espérer un instant la reprise de relations cordiales avec la France. Le général Cavaignac, devenu chef du pouvoir exécutif, montrait des dispositions bienveillantes et n'hésitait pas à féliciter le gouvernement de la condamnation prononcée contre les aventuriers de Risquons-Tout (3). Mais ce ne fut là qu'une courte accalmie. Dès le 10 décembre 1848, le parti bonapartiste qui, durant les premières années du règne de Louis-Philippe, avait si ouvertement aspiré à la conquête de la Belgique, poussait Louis-Napoléon à la présidence de la république. Quel avenir un tel nom présageait-il? Était-il possible de croire que le nouveau Bonaparte se contenterait de restaurer l'ordre à l'intérieur ? Les visées de despotisme plébiscitaire qu'il faisait paraître étaient déjà un inquiétant symptôme pour la monar-

(1) A. De Ridder, La crise de 1848, 1. 1, p. 317. Cf. E. Discailles, Trois dates de l'histoire du Luxembourg {Bulletin de l'Académie royale de Belgique. Classe des Lettres, 1927.)

(2) A. De Ridder, Une dette de guerre belge en 18311832 (Bulletin de la Commission royale d'Histoire, t. XCI. 1927.)

(3) A. De Ridder, La crise de 1848, t. II, p. 255.

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