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LA GUERRE DE

Londres avait obtenu de la France et de l'Allemagne l'assurance de respecter la neutralité garantie au pays en 1839. Les opérations militaires avaient débuté sur le Haut- Rhin, et les premières victoires de la Prusse semblaient indiquer qu'elles se prolongeraient dans la direction Verdun-Paris. Il fallut l'obligation imposée à Mac-Mahon de débloquer Metz en manœuvrant au Nord de cette place pour les rapprocher, contre toute attente, du territoire belge. Refoulés sur Sedan, les Français durent y accepter la bataille sous les yeux des postes qui garnissaient la frontière. Moltke avait donné l'ordre de les poursuivre s'ils la franchissaient sans être désarmés à l'instant. En réalité leur désarroi était trop grand pour leur permettre une retraite de ce côté. Seuls trois mille hommes environ de troupes débandées se jetèrent dans la province de Luxembourg et s'y laissèrent capturer sans résistance (l septembre). Depuis lors la tourmente se porta définitivement sur Paris, et la Belgique n'eut plus qu'à servir d'asile aux multitudes de réfugiés qui vinrent y chercher un abri durant le siège de la grande ville et les convulsions de la Commune.

Cette sécurité si rapidement et si inopinément retrouvée permit aux querelles intestines, un instant comprimées par le péril commun, de reprendre avec un surcroît d'acharnement. La proclamation récente (juillet) par le concile du Vatican de l'infaillibilité du pape fournissait aux libéraux un nouveau thème à déclamations contre l'incompatibilité du catholicisme avec la science et le progrès. Jamais encore la question religieuse ne s'était mêlée à ce point à la lutte des partis, qui prenait l'apparence et l'âpreté d'un conflit confessionnel. Radicaux et doctrinaires oubliaient leurs dissentiments pour se rapprocher contre l'ennemi commun. Le vote de la loi du 12 juin 1871 abaissant le cens électoral pour la province à 20 francs et à 10 francs pour la commune, n'avait eu pour résultat que de faire passer aux mains des catholiques l'administration de la plupart des petites villes et, surtout dans la partie flamande du pays, celle de presque toutes les communes rurales. En même temps, les troubles de la Commune-de Paris épouvantaient l'opinion et compromettaient la démocratie.

Désillusionnés et désorientés, les progressistes ne demandaient qu'à colorer leur déconvenue et leur évolution vers le libéralisme modéré de la nécessité de combattre l'Église par le ralliement de toutes les forces anti-cléricales. En face de leurs adversaires réconciliés, les catholiques accentuaient, en vue de conserver la faveur du corps électoral, l'anti-militarisme qui leur avait si bien réussi l'année précédente. Aussi bien la tournure qu'avait prise la guerre ne justifiait-elle pas leur attitude? Les belligérants n'avaient-ils pas, de commun accord, respecté la neutralité belge? A quoi bon dès lors entretenir à grands frais une armée inutile et dépenser des millions pour mettre Anvers à l'abri d'une attaque inimaginable? Au surplus, on n'avait jamais craint que la France, et la France était hors de combat. Enfin ne pouvait-on compter en toutes circonstances sur l'appui de l'Angleterre? Quelle apparence d'ailleurs qu'une guerre éclatât encore sur les frontières du pays !

La mobilisation de l'armée avait pourtant mis au jour des défauts si graves d'organisation qu'une réforme s'imposait, à laquelle le roi cherchait vainement à pousser le ministère. Le chef du cabinet n'osait se mettre en opposition avec sa majorité de plus en plus acquise aux tendances meetinguistes. Son collègue Jacobs lui déclarait arrogamment qu'il ne se laisserait « mystifier ni par le roi ni par le général Guillaume » (l), et la droite presque tout entière s'abandonnait à la direction de Charles Woeste, aussi catholique qu'habile manœuvrier parlementaire et qui confondait avec une sincérité redoutable l'intérêt de la religion avec l'intérêt électoral. Dans de telles circonstances on pouvait tout craindre de la prétention émise au sein des Chambres de soumettre à un nouvel examen la question des fortifications d'Anvers. Vainement le roi représentait à ses ministres les engagements qu'ils avaient pris à son égard, vainement il affirmait que ce serait une atteinte portée au régime constitutionnel que de s'adresser au Parlement sans l'assentiment de la Couronne, plus vainement encore, il déclarait que « les gouvernements ont pour mission d'éclairer les

(1) A. Bellemans, Victor Jacobs, p. 219 (Bruxelles, 1904).

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