‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 66 sur 128 · CHUTE DU MINISTERE D ANETHAN · texte numérisé non relu

CHUTE DU MINISTERE D ANETHAN

masses et non pas de se laisser complaisamment entraîner par elles », il devenait de plus en plus évident que son intervention ne pouvait entrer en balance « avec les répugnances clairement accusées des collèges électoraux d'Anvers et de Verviers » .

Rien n'y faisait cependant. Plutôt que de sacrifier la défense nationale à des combinaisons de partis,,il se disait et il était «résolu à tout». « Vous me parlez de ma popularité, écrivaitil à d'Anethan, elle n'est pas en question ici ; je vous déclare du reste qu'entre ma popularité et mon devoir, je n'hésite pas et qu'une popularité que j'achèterais en trompant le pays sur ses vrais intérêts pèserait sur ma conscience d'un poids que je ne veux pas porter » (l). Violenté par un parti, que lui restait-il à faire, sinon lui opposer le parti adverse et sauvegarder l'intérêt national en mettant aux prises les intérêts électoraux?

Un incident imprévu lui fournit l'occasion de se débarrasser du ministère. La nomination au poste de gouverneur du Limbourg de Pierre de Decker, l'ancien chef du Cabinet unioniste de 1855 et dont le nom avait été mêlé aux affaires Langrand, parut aux libéraux une provocation et une impudence. Des protestations, ils passèrent bientôt à l'émeute. A Bruxelles et dans les grandes villes des manifestations bruyantes se déployèrent sous l'œil complaisant de la garde civique; on alla jusqu'à pousser des cris sous le balcon du Palais. Rien de grave cependant n'était à craindre. Mais c'en fut assez pour que le roi demandât au ministère sa démission sous prétexte qu'il était «hors d'état de maintenir l'ordre» (l" décembre). Comme en 1857, le Cabinet s'effondrait devant les troubles de la rue. Mais en 1857, il s'était abandonné lui-même malgré la Couronne ; cette fois c'était la Couronne qui semblait pactiser avec rémeute, en le renvoyant. En agissant ainsi le roi savait bien qu'il risquait cette popularité dont il faisait si peu de cas. Les catholiques l'accusèrent de les avoir sacrifiés aux libéraux et leur rancune devait le poursuivre désormais pendant de longues années. Quant aux libéraux, ils ne lui surent

(1) L. de Lichtervelde, Léopoldll, pp. 120, 124, 126.

aucun gré d'une démission qu'ils se vantaient d'avoir imposée et dont, au surplus, ils ne profitèrent pas.

Il suffisait au roi de s'être affranchi de ce « porteur de contrainte», comme il disait (l), qu'était Jacobs. C'est à l'antimilitarisme, ce n'est pas au catholicisme politique, qu'il en avait. Le nouveau ministère, constitué le 7 décembre sous la présidence nominale de de Theux et la présidence effective de Jules Malou, fut recruté parmi les éléments les plus pondérés de la droite. Il devait « vivre » jusqu'en 1878.

(1) Ch. Woeste, Mémoires, p. 112.

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