LES ÉLECTIONS DE JUIN 1884 24I
dominée par les évêques d'une façon absolue et définitive ». Au jour du vote, onze membres seulement se prononcèrent pour la prise en considération de la proposition de Janson et de ses amis. Ce fut le signal de la rupture des radicaux et des doctrinaires. Ceux-ci, comme en 1846, firent une nouvelle scission et, abandonnant en masse l'Association libérale, fondèrent en face d'elle la Ligue libérale.
Pour le ministère, cette division de la majorité était d'autant plus périlleuse qu'il se voyait aux prises avec de graves difficultés financières. La crise économique, qui avait débuté en 1876, avait eu pour conséquence un déficit budgétaire encore accru par les dépenses résultant de la loi scolaire et la création, en 1881, de douze athénées et de cent écoles moyennes. La dette publique augmentait de 105 millions par an. Il fallut enfin se résigner à créer de nouveaux impôts. La droite et la gauche radicale s'unirent contre eux en une opposition qui était, à la veille des élections, un symptôme redoutable pour le Cabinet.
La campagne électorale se fit surtout au cri d'à bas les impôts. Très habilement les catholiques s'abstinrent de soulever la question religieuse. Pour se gagner l'opinion flottante, ils ne parlaient que d'apaiser le pays troublé par une loi scolaire dispendieuse et dont la moitié de la nation ne voulait pas. A Bruxelles se constituait un « parti indépendant » réprouvant toute outrance confessionnelle et ressuscitant l'antique programme de l'unionisme. Cependant les deux fractions du libéralisme se déchiraient avec fureur. Elles devaient sombrer dans la même catastrophe. Les élections du 11 juin 1884 furent un « écrasement » pour le ministère. La liste indépendante passa à Bruxelles, balayant les radicaux. Les catholiqnes conquéraient une majorité de 36 voix. Jamais plus le parti libéral ne devait revenir au pouvoir. Mais le corps électoral censitaire qui venait de le renverser ne devait pas non plus très longtemps survivre à sa chute.
HiST. DE Belg. VII 18.