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LA LITTÉRATURE FLAMANDE

bourg et de Namur, encore que sous l'influence de l'école, de l'industrie et de la vie urbaine, il s'altère et perde du terrain de jour en jour. Les progrès de l'industrie le refoulent devant eux comme le mécanisme fait du travail à la main. Et ce sont justement les dangers qui le menacent qui expliquent la ferveur avec laquelle il est cultivé. Depuis la fondation, en 1856, de la Société liégeoise de littérature wallonne, le nombre de ses adeptes va croissant. Les noms de Nicolas Defrecheux, de Remouchamps, de Delchef, de Simon, de Vriendts et de bien d'autres, restent attachés à des «paskeyes», à des poésies, à des comédies pleines d'accent, de verve, de bonne humeur ou de mélancolie et dans lesquelles la veine primesautière et l'esprit du terroir ne sont pas d'ailleurs sans s'allier parfois à l'imitation des écrivains français. Jamais, on n'a autant imprimé en wallon que depuis que l'existence du wallon est compromise. Les recherches philologiques iront bientôt de pair avec le développement de cette savoureuse littérature dialectale, et tout cela assure l'avenir du romanisme dans cette Belgique qui en est le poste le plus avancé au nord de l'Europe.

Au moment où éclata la révolution de 1830 l'état de la littérature flamande était plus misérable encore que celui de la littérature française. Depuis le milieu du XVIP siècle, l'atonie dont elle souffrait n'avait cessé de s'accentuer. En dépit de la communauté de la langue, la civilisation si brillante des Provinces- Unies devenues calvinistes, n'exerçait plus sur elle la moindre influence. Repliée sur elle-même, elle s'abandonnait à l'archaïsme grossier ou dévot de quelques rhétoriciens de village ou de quelques rimeurs pieux, s'exprimant dans un langage dont l'incorrection faisait mieux ressortir l'enflure ridicule. Si l'on ajoute à cela les mesures de francisation introduites par le régime napoléonien et le dédain croissant des classes dominantes pour le parler populaire, on comprendra sans peine qu'aux environs de 1815 le souvenir même qu'il eût existé une littérature flamande avait presque disparu.

Chose curieuse, mais d'ailleurs très explicable, le gouvernement du royaume des Pays-Bas ne parvint pas à ranimer en Belgique la culture de la langue flamande. Tous ses efforts

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échouèrent contre l'hostilité de la bourgeoisie d'une part, contre celle du clergé de l'autre. Son existence fut trop courte d'ailleurs pour lui permettre d'arriver à modifier une situation trop invétérée pour qu'il fût possible d'y mettre fin à coups d'arrêtés. Quand il s'effondra sous la poussée de la Révolution, il semble bien que ses initiatives tant en matière d'enseignement qu'en matière linguistique étaient restées complètement stériles.

Et pourtant, du choc provoqué par cette révolution antihollandaise et dirigée par des bourgeois «fransquillons» devait dater la renaissance des lettres flamandes. L'apathie dans laquelle elles croupissaient depuis si longtemps céda sous la surexcitation du sentiment national. Comme toujours après une grande commotion politique, l'activité spirituelle se ranima et la langue populaire devint enfin l'expression du peuple. Et ce réveil est d'autant plus remarquable qu'il est tout spontané.

Tandis que les premiers littérateurs français de la Belgique indépendante sont des lettrés résolus à doter le pays d'une littérature nationale, ici rien de voulu, ni d'artificiel, ni de savant. Ce sont des hommes du peuple qui se mettent à parler au peuple avec cette sympathie vraie qui fait le charme des récits de Henri Conscience et qui a fait son succès. Ce Flamand naïf, sans art, mais sincère, mais aimant son sol, ses habitants, leur passé et leur langue qu'il est heureux d'écrire et de venger du long dédain dont elle a souffert, fait penser involontairement à Maerlant, mais à un Maerlant petit bourgeois. Il se rattache à lui par ses tendances moralisantes, par son aversion des modes et des coutumes étrangères, par sa défiance et tout à la fois cependant par son admiration de la France. Car la seule influence littéraire qu'il ait subie est l'influence française. De la littérature hollandaise et plus encore de la littérature allemande, il ignore tout. Il ne connaît que son peuple, n'écrit que pour lui et, comme on l'a dit très justement, il lui a appris à lire. Sa verve populaire est d'ailleurs si naturelle et si humaine qu'elle a répandu ses livres bien au delà des limites de sa petite patrie. Aucun auteur flamand n'a connu un succès aussi général et aussi durable. Jusqu'à nos jours les traduc-

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