LA LITTÉRATURE FLAMANDE
tions françaises de ses romans ont eu presque autant de lecteurs que les originaux.
A côté de Conscience, mais avec plus de passion et moins de bonhomie, d'autres écrivains populaires : un Th. van Ryswyk, un Zetterman, traitent en prose ou en vers des questions politiques ou sociales et sous leur plume s'expriment, avec une fougue qui ne manque pas toujours d'éloquence, des revendications et des protestations contre l'égoïsme bourgeois et son dédain pour la langue du peuple. Le développement de la littérature flamande et le « flamingantisme » vont de pair, se soutenant et s'inspirant mutuellement. La bourgeoisie commence d'ailleurs à participer à ce renouveau. Un van Duyse, un Ledegang aussi lettrés que leurs contemporains van Hasselt ou Weustenraad et comme eux nourris de poésie française, cherchent à rivaliser avec elle dans la langue nationale et atteignent parfois à des accents émouvants. Déjà d'ailleurs l'influence allemande commence à se manifester sous l'action du romantisme d'une part, sous l'excitation des poètes pangermanistes de l'autre, par suite enfin du rapprochement économique de la Belgique avec le Zollverein. A partir des environs de 1840, une veine germanique et résolument anti-française se distingue au sein de la littérature flamande qui inspirera le génie d'Albert Rodenbach, mort à la fleur de l'âge en 1881, léguant à la jeunesse de nos jours les vers enflammés de son Gudrun.
Il était impossible que redevenu une langue littéraire, le flamand continuât à s'isoler du hollandais. Au début il avait été de mode de le considérer comme une langue autonome possédant son orthographe propre et son vocabulaire spécial. Mais l'apaisement des vieilles querelles devait hâter le moment où les deux littératures prendraient conscience de leur parenté. A partir de 1867 l'orthographe néerlandaise était reconnue comme l'orthographe officielle en Belgique, et depuis 1849 les écrivains du « Nord » et du « Sud » avaient commencé à fraterniser dans les Congrès néerlandais. La différence des mœurs, des traditions et surtout des religions, devait pourtant sauvegarder l'originalité des uns et des autres. Le contraste est
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toujours resté plus grand entre Belges et Hollandais dans le domaine de la littérature néerlandaise, qu'entre Belges et Français dans celui de la littérature française ou qu'entre Suisses et Allemands dans celui de la littérature allemande. Visà-vis de leurs émules hollandais, les Flamands peuvent conserver en effet une autonomie que la supériorité écrasante des grandes littératures auxquelles ils contribuent ne permet ni aux Belges de langue romane, ni aux Suisses de langue allemande. De plus en plus « néerlandais » par la langue, les Flamands restent pourtant bien de leur pays par le tour d'esprit, le sentiment et le tempérament. Jusque vers 1890, époque à laquelle l'apparition de la revue Van nu en straks, les orientera vers un idéal d'art désintéressé et exercera une action analogue à celle de la Jeune Belgique dans le domaine des lettres françaises, la plupart d'entre eux seront autant, sinon davantage encore des « flamingants » que des écrivains. Ce qu'ils ont de plus remarquable, c'est la violence de la passion et l'ardeur combative. Parmi les romanciers cependant, la vie du peuple continue à alimenter des récits qui s'apparentent, sans les faire oublier, à ceux de Conscience. Le théâtre s'essaye de son côté avec plus de bonne volonté que de succès.
Mais, à l'écart et au-dessus de toute cette production, un grand poète solitaire et inconnu, un pauvre prêtre de la Flandre occidentale, Guido Gezelle (1830-1899), dans une langue nourrie du savoureux dialecte de sa provicce, atteint à une hauteur et à une pureté d'inspiration qui font penser à saint François d'Assise.
La Révolution eut tout d'abord pour l'activité scientifique du pays, les plus fâcheuses conséquences. Le gouvernement des Pays-Bas avait créé dès 1817, à Gand, à Liège et à Louvain trois universités d'État qui, pourvues d'un corps professoral soigneusement recruté et dotées de ressources suffisantes eussent sans doute exercé une action salutaire si les événements de 1830 les avaient épargnées. Mais désemparées par