‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 85 sur 128 · LES SCIENCES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES

l'émigration de leurs maîtres hollandais, elles le furent bien plus encore par le régime qui leur fut imposé après la victoire. Par raison d'économie, celle de Louvain fut supprimée et c'est seulement la nécessité d'assurer le recrutement du barreau et du corps médical qui conserva à Gand et à Liège une existence précaire à des facultés anémiées, uniquement absorbées dans le soin de préparer à leurs examens les futurs avocats et les futurs médecins. En 1835 seulement, l'État rétablit les universités de ces deux villes. Il avait été question, comme auparavant en 1817, de constituer à Bruxelles une école unique de haut enseignement. Mais des considérations locales prévalurent et firent repousser ce projet. L'État eut donc deux universités à côté desquelles deux universités libres existaient dès l'année précédente, l'une fondée par les catholiques à Louvain, l'autre, par les libéraux à Bruxelles.

En vertu du dogme de la liberté de l'enseignement, l'État renonçait naturellement à tout contrôle sur les universités libres. Mais comme il était non moins naturellement impossible de les laisser dispenser des diplômes à leur guise, le pouvoir législatif se chargea de fixer le programme des examens tant pour elles que pour ses propres universités. Quant aux examens eux-mêmes, par souci d'impartialité, ils se passaient devant des jurys dont les membres nommés d'abord par le roi et les Chambres, le furent à partir de 1849 par le gouvernement seul. Il fallut attendre jusqu'en 1876 pour que le droit de conférer des grades académiques légaux fut accordé aux universités.

Ce régime, conséquence de la liberté de l'enseignement, étouffait la liberté de la science. Obligées de se soumettre à une organisation identique, les universités se confinèrent dans le rôle de pourvoir au recrutement des carrières libérales. Elles renoncèrent à toute initiative et à toute recherche désintéressée. On ne leur en demandait d'ailleurs pas davantage. La bourgeoisie les considérait tout bonnement comme des « fabriques de diplômes ». L'uniformité obligatoire de leur enseignement supprimait entre elles toute espèce d'émulation. On ne les choisissait que pour des motifs confessionnels ou politiques.

les catholiques s'inscrivant à Louvain, les libéraux à Bruxelles, les tièdes ou les indifférents à Gand ou à Liège, suivant la proximité plus ou moins grande de ces villes et du lieu de résidence des étudiants. A mesure que s'exaspérait la lutte des partis, le sort de l'enseignement supérieur, déjà si lamentable, le devenait davantage encore. En 1856 les évêques jetaient l'interdit sur l'université de Gand, l'accusant de professer des doctrines dangereuses pour la foi. Les professeurs n'étaient nommés qu'en vertu de considérations politiques, tantôt catholiques et tantôt libéraux, suivant les ministères au pouvoir. L'alternance des gouvernements maintenait ainsi dans les universités de l'État une variété de principes d'où résultait leur neutralité. Et il faut reconnaître que la liberté de la chaire fut soigneusement respectée. A la différence de la France ou de l'Allemagne, la Belgique ne vit aucun maître destitué par le pouvoir pour cause d'opinions.

Mais à cette liberté de la chaire ne répondait que bien incomplètement la production scientifique. Paralysé par l'étroitesse des programmes ainsi que par l'insuffisance des ressources parcimonieusement dispensées par les pouvoirs publics, le haut enseignement ne s'élevait guère au-dessus de la préparation aux examens. Le souci de la recherche désintéressée faisait également défaut aux professeurs et aux étudiants. Les quelques savants dignes de ce nom qui, jusqu'aux environs de 1880, honorèrent les universités belges demeurèrent sans action et ne parvinrent pas à fonder des écoles.

Au surplus, la prédominance de l'influence française dans le domaine scientifique comme dans tous les autres restreignait fâcheusement l'horizon et les méthodes. Les sciences morales surtout en pâtirent durant les cinquante années qui suivirent la révolution. Du prodigieux développement qu'avaient pris en Allemagne les disciplines philologiques et historiques, on ignorait tout. Il fallut que la guerre de 1870 révélât brusquement la force et la puissance allemandes pour que l'on s'avisât enfin qu'elles avaient grandi de pair avec la culture intellectuelle. Dès lors, on s'orienta vers celle-ci avec une ardeur qui ne fut pas toujours exempte d'engouement. Pierre Willems,

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