‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 86 sur 128 · LES SCIENCES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES

Léon Vanderkindere, Godefroid Kurth, Paul Fredericq introduisirent dans les universités, non seulement les idées et les méthodes, mais les procédés pédagogiques dont les « séminaires » d'Outre-Rhin attestaient si brillamment l'efficience. Au reste, l'esprit nouveau qui vers 1880 commence à combattre la torpeur où s'était trop longtemps engourdi le haut enseignement, ne s'explique pas uniquement par l'imitation de l'étranger. Très probablement, on doit le considérer comme une conséquence du mouvement général de rénovation que l'on surprend à la même date dans la littérature et dans l'art. Ici aussi la période d'incubation est passée et la fin du premier cinquantenaire de l'indépendance marque le commencement d'un essor nouveau.

Faute de pouvoir se développer dans les universités, la production scientifique se manifesta surtout de 1830 à 1880 dans l'activité de l'Académie. Rétablie en 1816 par le roi de Hollande, celle-ci n'avait guère fait parler d'elle avant la Révolution, et le ministre Falck lui reprochait ironiquement sa trop grande modestie. Réorganisée en 1845 sur le modèle de l'Institut de France, elle eut le mérite de s'ouvrir à tous les travailleurs que leur valeur recommandait à son choix. Le jeune Quetelet (1796-1874), qu'elle appela en 1834 aux fonctions de secrétaire perpétuel qu'il devait conserver jusqu'à sa mort, la fit participer à l'éclat de sa renommée européenne. Autour de lui des hommes comme le géologue André Dumont, comme les chimistes Stas, Kékulé, W. Spring, comme les physiologistes Carnoy, J.-B. et Ed. van Beneden, dans la classe des sciences, comme les juristes J.-J. Thonissen et François Laurent, comme l'économiste Em. de Laveleye, comme les historiens P. Gachard, Kervyn de Lettenhove, Alph. Wauters et comme bien d'autres dans la classe des lettres, sans atteindre pourtant à son illustration et à son génie, se distinguèrent par la conscience, la solidité et souvent l'originalité de leurs travaux. L'histoire en particulier, favorisée par l'éveil du sentiment national dont nous avons noté plus haut la répercussion sur l'art et la littérature, se développa avec une vigueur exceptionnelle. Sous l'impulsion de Gachard, dont les découvertes

à Simancas renouvelèrent la connaissance du XVP siècle, les recherches d'archives furent poussées avec une vigueur extraordinaire. La création de la Commission royale d'histoire, en 1834, aboutissement de projets remontant à l'époque autrichienne, dota le pays d'un corps d'érudits attachés à la publication des sources de son passé et dont l'activité depuis lors a répondu honorablement à sa mission.

Sans doute on relève bien des lacunes, bien des insuffisances, bien des maladresses même dans la volumineuse « littérature » enfantée par les académiciens belges. Les défauts de l'organisation universitaire ont déplorablement retenti sur elle. En l'absence d'une préparation sérieuse et d'une tradition scientifique, elle manque, si l'on peut ainsi dire, de continuité et de cohérence. S'il y a des savants belges, il n'y a pas d'école scientifique belge. Un novateur aussi puissant que Quetelet, par exemple, n'a pas suscité d'émulés et la statistique sociale dont il a été le promoteur en Europe, n'a pas eu de continuateurs dans son propre pays. D'ailleurs, la prédominance trop absolue des méthodes françaises, du moins en ce qui concerne les sciences morales, a restreint le point de vue et contrarié le progrès. Il n'en est pas moins vrai cependant que comparé à ce qu'il était avant 1830, le mouvement scientifique de la Belgique atteste vers 1880 une véritable renaissance. La Révolution a suscité les énergies et si l'on doit regretter que l'on n'ait pas fait davantage, on ne peut s'empêcher d'admirer qu'après de si longues années de torpeur, on ait tant fait.

Page 1