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PREMIERS SYMPTÔMES DU MOUVEMENT FLAMAND

un système plus uniforme que le gouvernement adoptait en 1844, en attendant de reconnaître en 1867 l'orthographe hollandaise comme orthographe officielle. A partir de 1849, des congrès littéraires de plus en plus fréquentés, rassemblèrent annuellement écrivains flamands et écrivains hollandais, tantôt dans une ville du Sud, tantôt dans une ville du Nord. Leur activité se bornait d'ailleurs au domaine littéraire. En dépit des avances de leurs « frères du Sud, » les Hollandais s'abstinrent soigneusement de toute immixtion dans le mouvement flamand et, pendant très longtemps du moins, ne manifestèrent à son égard que des sympathies platoniques.

Les événements de 1848 amenèrent une recrudescence de la propagande en faveur de la langue maternelle et contre les abus dont elle souffrait. L'extension du corps électoral pour la province et pour la commune élargissait le nombre des citoyens intéressés à la question, beaucoup des nouveaux électeurs ne parlant que le flamand. Sous l'impulsion d'un comité central établi à Bruxelles, le nombre des pétitions adressées aux Chambres va croissant. La presse commence à intervenir et son langage se fait plus énergique. En 1849, des journaux déclarent que la situation linguistique est plus déplorable « que sous la domination de l'Espagne et de l'Autriche » (l). Quelques impatients parlent vaguement de séparation administrative. De Potter écrit en 1850 que « la langue française se pose maintenant vis-à-vis de la langue flamande comme faisait le néerlandais pour le français » sous le gouvernement de Guillaume (2).

L'indifférence du gouvernement pour les réclamations qu'il reçoit ne fait qu'exciter et aigrir le mécontentement. Enfin, en 1856, le ministre De Decker nomme une commission chargée d'enquêter sur les griefs et de proposer des solutions. Elle déposa son rapport en 1858. C'était un programme de réformes si complet et si radical, si impossible d'ailleurs à appliquer tout de suite sans bouleverser dangereusement l'or-

(1) E. Discailles, Charles Rogier, t. III, p. 304.

(2) L. De Potter, Souvenirs intimes, p. 311.

ganisation et le fonctionnement même de l'État, qu'il en alla de lui comme il en était allé dix ans plus tôt du rapport sur la condition des classes ouvrières. Du moins les abus étaientils dévoilés et le mouvement flamand ne devait-il plus cesser désormais de se fixer comme but la réalisation des réformes proposées par la commission.

L'échec de celle-ci s'explique d'ailleurs par l'apathie générale de l'opinion dans les provinces flamandes à l'égard du problème linguistique. Le gouvernement n'ignorait pas que, à tout prendre, le nombre des « flamingants » était bien loin de correspondre à la virulence de leurs protestations. Peut-être cependant eussent-ils forcé le pouvoir à compter avec eux s'ils avaient réussi à s'organiser en groupe distinct (l). Mais, divisés eux-mêmes en catholiques et libéraux et plus passionnés encore pour la querelle politico-religieuse qui agitait le pays que pour leurs réclamations linguistiques, ils se combattaient au lieu de s'entendre et acceptaient la discipline des partis oii ils s'absorbaient. Le Vlaamsch Verbond, fondé en 1861, n'avait pas tardé à se dissoudre sous l'action des différends confessionnels. En 1851, les catholiques étaient sortis de la société de propagande le Willemsfonds pour fonder en face de lui et en opposition avec lui le Davidsfonds.

La prédominance des Wallons dans le parti libéral y réduisait les flamingants à une quantité négligeable. Plus nombreux dans le parti catholique, ils y profitèrent de l'agitation meetinguiste qui, à Anvers, fit appel aux passions populaires et ouvrit l'entrée du Parlement aux premiers défenseurs de la cause flamande qui y siégèrent. Déjà d'ailleurs en 1861, le cabinet Rogier avait trouvé prudent de laisser insérer dans l'adresse votée en réponse au discours du trône une phrase engageant le gouvernement à faire disparaître les griefs des populations flamandes. Deux ans plus tard, au milieu de la stupéfaction de ses collègues, un député prêtait en flamand le serment con-

(1) Voy. sur ceci F. Oetker, Belgische Studien, p. 587 et suiv. (Stuttgart, 1876). Il avait travaillé durant son séjour en Belgique, de 1854 à 1859, à susciter la formation d'un parti flamand.

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