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LE PARTI CATHOLIQUE APRÈS LA REVISION

réaction de la rue? Et le vote plural qui aboutissait à de telles conséquences n'était-il pas condamné dès la première épreuve qu'on en avait faite?

De la revision de 1893 à la guerre de 1914, le pays ne devait plus cesser d'évoluer dans le sens de la démocratie. Et pourtant, durant toute cette époque, il n'a pas eu un seul gouvernement démocratique. Le parti catholique, qui y détint continuellement le pouvoir, chercha tout d'abord, jusqu'à l'adoption de la représentation proportionnelle (1899), non seulement à conserver, mais à perpétuer sa prépondérance, puis à résister de commun accord avec les libéraux à la poussée socialiste. Jusqu'en 1899 surtout, c'est cette résistance qui détermine directement ou indirectement sa politique. « Le socialisme, voilà l'ennemi » semble être le mot d'ordre de la droite. Vis-à-vis de lui, tant par conviction sociale que par conviction religieuse, elle se met, si l'on peut ainsi dire, en état de guerre. De même que les libéraux poussaient jadis jusqu'à l'extrême la conséquence des principes catholiques afin d'en pouvoir mieux effrayer l'opinion, de même les catholiques englobent le parti ouvrier dans la réprobation dont l'Église frappe le communisme. Ils se le représentent comme une secte abominable, acharnée à combattre non seulement l'État, mais la religion, la propriété, la famille elle-même. A leurs yeux, le socialisme est chargé d'autant de crimes que le capitalisme l'est lui-même aux yeux des socialistes. Sa victoire serait celle de l'impiété, de l'immoralité, des instincts les plus bas de la bête humaine, de Tamour libre sur le mariage, du « matérialisme le plus abject » sur le spiritualisme chrétien.

Pour ruiner un tel adversaire, le plus sûr est d'opposer à son action une action contraire. Il n'est que temps de détruire le prestige qu'il s'est acquis en se donnant au prolétariat comme le redresseur de ses griefs et le vengeur de sa misère. Aux réformes utopiques qu'il lui promet, on substituera donc une législation sociale qui, s'inspirant des principes promulgués par le Saint-Père dans ses encycliques.

fera disparaître les iniquités dont sont victimes les travailleurs et adoucira leur sort. L'école catholique, de son côté, les garantira de la perversion morale dont l'école neutre a été, par la faute des libéraux, l'instrument peut-être involontaire mais en tous cas trop certain. Enfin, les classes rurales, les classes rurales flamandes surtout, que la contagion n'a pas encore atteintes, fourniront une précieuse garantie de conservation sociale. Il importe de se les concilier en leur montrant une sollicitude que les gouvernements passés leur ont trop longtemps refusée. Et pour cela quoi de plus pratique que de tenir compte de leur répugnance pour le service militaire et que de redresser les griefs linguistiques dont se plaint cette population des Flandres, en quoi consiste le plus ferme appui du^ parti catholique? ||H

Ainsi s'explique, par la nécessité d'entraver les progrès du™ parti ouvrier, la politique de tous les gouvernements depuis 1894 : politique sociale, sans doute, mais plus encore politique anti-socialiste. Lois de protection ouvrière, lois scolaires, lois militaires et lois linguistiques rentrent dans le même plan et concourent au même but. Durant longtemps la majorité catholique est si puissante qu'elle peut tout se permettre. Les libéraux ne sont plus qu'une quantité négligeable et, quant à l'opposition socialiste, sa violence même donne barre sur elle en la discréditant. Car dès leur entrée à la Chambre, ses membres ont pris une attitude révolutionnaire et brutale qui fait le jeu de leurs adversaires. Ils se laissent emporter à l'envi par les excitations qu'on leur prodigue. De leurs bancs s'élèvent, à la moindre occasion, gros mots, hurlements, interruptions grossières ou cocasses. Ils paraissent une bande de forcenés ou d'énergumènes. A tout propos, ils s'abandonnent à des déclarations républicaines, à des attaques contre la personne du roi, et en quels termes I Ces virtuoses de la violence prennent le Parlement pour un meeting. Ils affectent pour leurs collègues le mépris de révolutionnaires comptant sur l'heure prochaine qui leur permettra de tout balayer. Et leurs succès électoraux renforcent encore leur audace. Aux élections de 1896, ils gagnent 100,000 voix. A l'étranger, de bons esprits,

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