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LES DEBUTS DE PHILIPPE LE BON

guerre contre la France devait assurer définitivement son autonomie et le débarrasser de la suzeraineté de la couronne. Sa politique, désormais nettement monarchique, n'a plus rien de celle d'un grand vassal, et il revendiquera bientôt, pour ses ambassadeurs au concile, le droit de siéger immédiatement auprès de ceux des rois et avant ceux des électeurs de l'Empire (i).

Philippe s'empressa tout d'abord, avec une activité fiévreuse, de ruiner, de concert avec les Anglais, la puissance de la royauté française. Dès la fin de septembre 141 9, il se mettait en rapport avec Henri V, réunissait à Malines, le 7 octobre, un conseil de famille qui approuvait ses projets, et, le 21 mai, signait le traité de Troyes qui déclarait le dauphin déchu de ses droits au trône et livrait la France au monarque anglais (2). Toutefois^ satisfait d'avoir brisé la puissance du seul Etat qui fût capable de le tenir en échec, il se garda de s'engager à fond dans la guerre et de se laisser entraîner par ses alliés. S'il bat les Français le 31 août 142 1 à la bataille de Saint-Riquier, si, en 1423, il resserre son amitié avec l'Angleterre en donnant sa sœur Anne en mariage au duc de Bedfort, il refuse en revanche d'accepter, à la mort de Henri V, la dignité de régent et la cède à Bedfort. Son attention se concentre évidemment sur les Pays-Bas. Ses armées ne s'écartent jamais beaucoup de leurs frontières. Dès 1428, il s'est fait céder les villes de la Somme qui couvrent ses domaines vers le sud, et, après la mort de sa femme Michelle de France, son mariage avec la veuve de son oncle Philippe de Nevers, Bonne d'Artois, (1422), trahit encore sa préoccupation constante d'affermir sa situation dans ses pays du nord. Avec un art politique consommé, il se sert de l'Angleterre pour se garder à la fois du côté de la France et du côté de l'Empire, tandis que, poussant sa pointe avec énergie et profitant à point nommé des circonstances, il achève en quelques années l'œuvre ébauchée par ses deux devanciers.

Ce furent les conséquences inattendues du plus éclatant

(i) Plancher, op. cit., t. I, preuves, p. 116 et suiv. (2) Du Fresne de Beaucourt, op. cit., t. I, p. 824.

succès diplomatique de son père, le mariage de Jacqueline de Bavière avec Jean IV de Brabant, qui amenèrent son premier triomphe. Rarement mariage politique avait uni des époux plus dissemblables. Le contraste était aussi frappant au physique qu'au moral entre un mari chétif, mélancolique et sans énergie et une femme « cointe beaucoup, gaie fort, vigoureuse de corps, et non proprement sortie, ce sembloit, à homme faible (i) ». Des raisons politiques n'avaient pas tardé à renforcer ces premiers et intimes motifs de mésintelligence. Jacqueline n'avait considéré le traité conclu avec son oncle Jean de Bavière le 13 février 141 9, que comme une trêve. Toujours en rapport avec le parti des Hoeks, elle entendait, grâce à lui, rentrer en possession de son héritage, et s'indignait de voir son mari, influencé sans doute par Philippe le Bon qui désirait éviter un nouveau conflit, se rapprocher de Jean et lui céder même, en 1420, le gouvernement de la Hollande. Les troubles que "l'incapacité et le mauvais gouvernemeiit du duc, dominé par ses favoris, provoquèrent en Brabant, 011 les États s'emparèrent de l'administration et conférèrent le titre de régent à Philippe de Saint-Pol, frère de leur prince, fournirent à Jacqueline l'occasion de s'enfuir dans son comté de Hainaut, d'où elle passa secrètement en Angleterre. Les conditions qui avaient accompagné l'accomplissement de son mariage, presque en même temps interdit et autorisé par le pape, avaient fait naître en elle l'idée d'en obtenir l'annulation. Sans attendre toutefois la décision de la cour pontificale, elle se décida audacieusement à épouser le duc de Glocester (oct. ou nov. 1422), au grand scandale des gens des Pays-Bas qui, tout imbus alors des souvenirs du royaume de Lotharingie, dont les succès de la politique bourguignonne semblaient présager la restauration, comparèrent sa conduite à celle du roi Lothaire II (2).

En épousant Jacqueline, Humphroi de Glocester restait fidèle au système politique qui, depuis Edouard III, avait inspiré

(1) Georges Chastellain, Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, t. L p. 210 (Bruxelles, i863). — On possède, au musée de Copenhague, une copie ancienne du portrait disparu de Jacqueline par. Jean Van Eyck, reproduite dans L. Kaemmerer, Hubert und Jau Van Eyck, p. 47 (Bielefeld- Leipzig, 1898).

(2) Dynter, loc. cit., p. 461.

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