PHILIPPE LE BON ET LE DUC DE GLOCESTER
la conduite des rois d'Angleterre dans leurs rapports avec les Pays-Bas. Il croyait encore à la possibilité de détacher de ceux-ci quelques territoires, pour en agrandir les possessions continentales des monarques insulaires (i). Il ne se rendait pas compte des transformations qui s'étaient accomplies depuis la fin du XI v^ siècle. Il ne voyait pas que la maison de Bourgogne, toute puissante désormais dans ces contrées, entendait se les réserver exclusivement et n'y souffrirait aucune immixtion étrangère. Le frère et le rival politique de Glocester, le duc de Bedfort, ne s'y trompa point. Il comprit qu'une intervention anglaise en Hainaut et en Hollande rapprocherait aussitôt Philippe le Bon de la France et compromettrait irrémédiablement toutes les conquêtes accomplies depuis 1420 grâce à son appui. L'Angleterre ne possédait plus d'ailleurs, à cette époque, la puissance dont elle avait joui sous le règne précédent. Affronter la maison de Bourgogne au moment où sa collaboration devenait plus précieuse que jamais eût été folie. Bedfort s'employa donc à détourner son frère d'une attaque contre le duc, et il y parvint pendant deux ans (2). En même temps, pour attester d'une manière éclatante l'amitié qui l'unissait à Philippe, il épousait sa sœur quelques mois après le mariage de Glocester et de Jacqueline.
Philippe, de son côté, ne restait pas inactif. Non seulement il multipliait les démarches auprès du pape pour obtenir la condamnation de la nouvelle union contractée par sa cousine, mais il s'alliait encore étroitement à Jean de Bavière, effrayé de la perspective d'un débarquement anglais en Hollande, et
(1) En épousant Glocester, Jacqueline l'avait reconnu comme son héritier et avait déclaré que ses pays resteraient perpétuellement unis à l'Angleterre. Lôher, Beitràge ^iir Geschichte der Jakobàa von Bayern. Abhandl. der III Klasse der Mûnchener Akad. der Wissenschaften, t. X, i« partie, p. 48 (Munich, i865).
(2) Philippe et Glocester s'en étaient remis à son arbitrage. Voy, Loher. Beitràge, p. 52. Gachard, Rapport cité, p. 124.— Bedfort semble d'ailleurs avoir joué dans ces circonstances un rôle assez équivoque. Tout en cherchant à s'assurer la confiance de Philippe, il priait le pape de valider le nouveau mariage de Jacqueline (J, Stevenson, Letters and papers illustrative of the uiars of the English in France during the reign of Henry VI, t. Il, p. 388 [London, 1864]). Sur un prétendu complot de Bedfort contre Philippe, et dans lequel il ne faut voir qu'une machination pour brouiller celui-ci avec l'Angleterre, voy. Du Fresne de Beaucourt, op. cit., t. II, p. 378, 658.
se faisait reconnaître par lui pour son héritier (i). Dans ces conditions, le terrain se dérobait sous les pieds de Glocester et ses efforts ne pouvaient aboutir qu'à un échec. Plein de confiance toutefois dans ses forces, il se décida à agir au mois d'octobre 1424. De Calais, il gagna le Hainaut à la tête de 6000 archers et s'y fit prêter serment en qualité de comte. Jean de Brabant, incapable de résister à cette agression, fit aussitôt appel à Philippe. Appuyés par un parti hennuyer hostile à Jacqueline (2), l'armée bourguignonne, commandée par le meilleur homme de guerre du duc, Jean de Luxembourg, eut facilement raison de l'ennemi. Glocester partit pour l'Angleterre rassembler de nouvelles forces et s')^ attarda, pendant que Jacqueline, assiégée dans Mons et abandonnée de tous, se rendait à Philippe, qui lui assigna la ville de Gand pour résidence. Quelques semaines après, déguisée en page, elle parvenait à gagner la Hollande, où les Hoeks se soulevaient aussitôt en sa faveur (31 août 1425).
Cette nouvelle tentative de la hardie princesse était autrement dangereuse pour Philippe que sa stérile entreprise contre le Hainaut. Jean de Bavière venait, en effet, de mourir inopinément (6 janvier 1425), et le roi des Romains profitait de cette mort pour revendiquer une fois de plus le comté au profit de l'Empire. Mais Philippe s'aperçut bientôt que, retenu en Allemagne par la guerre des Hussites et par l'imminence d'une invasion des Turcs en Hongrie, il se trouvait pour le moment hors d'état de s'opposer à ses plans et lui laissait les mains libres. Il profita de la situation avec une merveilleuse dextérité. Tandis que Sigismond se bornait à défendre « par des chartes (3) » les droits de l'Empire, il dirigeait vers la
(1) Blok, op. cit., t. II, p. 128.
(2j Sur ce parti, dont Lôher nie à tort l'existence, voy. les Mémoires de Pierre Fénin,éd. Dupont, p. 229 (Paris, iSSy).
(3) (c Nam, licet ipse rex Romanorum per suas literas patentes scripserat et mandaverat nobilibus et oppidis HoUandie et aliarum terrarum vicinarum ut sibi
assistèrent, nuUam tamen armatorum potenciam sed solum cartas et literas
transmisit sine viribus et virtute, unde dicit versificator :
Imperium cartis, urbs verbis vulvaque palmis Si defensantur, sine viribus esse putantur.
Dynter, /oc. ciï., p. 473.