CONQUETE DE LA HOLLANDE
Hollande l'élite de ses soldats « tous exercités et excités en armes et faits de guerre (i) ». Il s'assurait l'alliance de l'évêque d'Utrecht, Zweder de Culembourg, et du duc de Gueldre, Arnold d'Egmond (2). L'adhésion des Hoeks à Jacqueline avait rejeté vers lui le parti des Kabiljauws et lui garantissait l'appui des villes. Dordrecht, Leyde, Harlem, Amsterdam se déclaraient pour lui, s'empressaient de recevoir dans leurs murs des capitaines picards et bourguignons. En face de Philippe, ralliant autour de lui les bourgeoisies enrichies par le commerce et dont l'influence est désormais prépondérante dans toute la région maritime, Jacqueline, réduite aux secours de la noblesse, apparaît en somme comme le dernier représentant de la féodalité dans les Pays-Bas.
La lutte fut d'ailleurs acharnée de part et d'autre, et le duc y montra autant d'énergie qu'il avait déployé auparavant de talent politique. Pendant les années 1426 à 1428 on le trouve -continuellement en Hollande, dirigeant lui-même la marche de ses armées, et, tout en combattant Jacqueline, soutenant à Utrecht Zweder de Culembourg contre Rodolphe de Diepholt, et aidant Arnold d'Egmond et les Etats de Gueldre à résister à Adolphe de Juliers. De l'Escaut au Zuiderzée et de la mer •du Nord à l'Yssel, tous les événements gravitent autour de lui. Il taille en pièces une armée anglaise à Brouwershaven {janvier 1426), assiège Amersfoort, bat Jacqueline à Wieringen, tient les côtes bloquées par sa flotte. Sa victoire doit ■décider à la fois de la querelle des Hoeks et des Kabiljauws, du sort de l'évêché d'Utrecht et de celui de la Gueldre.
Jacqueline aux abois appelle désespérément Glocester à l'aide. Paralysé par l'attitude du régent Bedfort qui empêche l'Angleterre de prendre part à la guerre, il ne peut lui envoyer, à travers les croisières bourguignonnes, que des troupes insuffisantes. D'ailleurs, après la sentence du pape qui, le 9 janvier 1424, a prononcé la nullité de son mariage, il l'aban-
(1) Monstrelet, op. cit., t. IV, p. 256.
(2) Pour tous ces événements voir le récit détaillé de Loher, Jakobàa von Bayent, auquel on ne peut reprocher qu'un parti pris évident contre Philippe le Bon.
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donne pour épouser sa maîtresse Eléonore Cobham. Il ne reste plus à Jacqueline qu'à accepter la loi du vainqueur. Par le traité de Delft, le 3 juillet 1428, elle reconnaît Philippe comme Ritwaert ende oir der landen van Henegouwen, van Holland, van Zeeland ende van Friesland (i), lui remet toutes ses forteresses et promet de ne pas se remarier sans son assentiment. Le parti des Hoeks est décidément abattu, et toutes les villes, sans tenir compte de la Reichsacht prononcée contre elles par Sigismond, prêtent serment au duc. Virtuellement le magnifique héritage de la maison de Bavière passe à celle de Bourgogne. Une dernière tentative de Jacqueline, qui, dans l'espoir de diviser les partisans de Philippe, épouse, en 1432, le gouverneur que celui-ci a donné à ses pays du nord, Frans vanBorselen,ne pouvait qu'échouer lamentablement. Le duc s'empara des deux époux, et Jacqueline, forcée de choisir entre la décapitation de son mari et l'abandon de la couronne comtale que lui a conservée le traité de Delft, se résigne à cette dernière humiliation. Le 12 avril 1433, Philippe échange son titre de Rtiwaert contre celui de comte, et, le 9 octobre 1436 Jacqueline, rongée par la phtisie et le désespoir, s'éteint obscurément au château de Teylingen, non loin de Leyde.
Deux ans après le traité de Delft, le Brabant était entré à son tour au nombre des seigneuries de Philippe. Le triste et impuissant Jean IV était mort le 17 avril 1427, et, conformément au droit héréditaire, son frère, Philippe, comte de Saint-Pol, lui avait succédé (2). Energique et ambitieux, il voulut secouer le joug que son trop puissant cousin avait fait peser sur son prédécesseur. Ses projets de mariage avec une princesse de la maison d'Anjou, alliée du roi de France et ennemie de Philippe, faillirent un moment amener une rupture entre les deux branches de la maison de Bourgogne (3). Mais les circonstances qui si souvent
( I ) Van M ieris, Groot charterboek van HoUand en Zeeland, t. I V, p. 9 1 7. — Les États du Hainaut avaient reconnu Philippe comme « bail » du pays le i^^ juillet 1427. Lôher, Beitràge, p. 216.
(2) Naturellement malgré Sigismond qui, considérant toujours le Brabant comme revenu à l'Empire par la mort de la duchesse Jeanne, appelle le nouveau <luc : « injustus occupator et violentus detentor ». Gachard, Rapport cité, p. 149.
(3) Dynter, loc. cit., p. 493.