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PHILIPPE AMBITIONNE LE TITRE ROYAL

donnait la jouissance, mais non la possession légale, et le retour de ces terres à l'Empire, prononcé jadis par Sigismond, n'avait pas été retiré. Vis-à-vis l'un de l'autre, Frédéric et Philippe se trouvaient donc dans une situation qui permettait au premier de considérer le second comme un usurpateur, et qui entretenait en même temps celui-ci dans l'espoir de faire consacrer quelque jour, par un titre légal, la souveraineté qu'il s'attribuait effectivement. De longues et confuses négociations s'ouvrirent en 1447 (i). Conduites par Albert d'Autriche, frère de l'empereur, elles n'aboutirent pas. Frédéric finit seulement par consentir à ériger le Brabant en royaume et à admettre Philippe au serment féodal pour ses autres seigneuries impériales. Le 13 novembre 1449, le protocole de ce serment fut même dressé. Mais le duc persista dans son intransigeance. Il ne voulait point seulement être roi de Brabant, et il rompit les pourparlers (2). De nouvelles ouvertures en 1463 n'eurent pas meilleur succès (3). Les deux adversaires demeurèrent sur leurs positions. Jusqu'à la fin de sa vie, Philippe resta détenteur de fiefs d'Empire sans en avoir reçu l'investiture de l'empereur (4).

Peut-être les négociations auraient-elles eu un autre résultat si l'empereur ne s'était senti affermi dans sa résistance par l'attitude de la France. Depuis la paix d'Arras, et surtout depuis ses succès sur les Anglais, Charles VIT dirigea, comme on sait, tous ses efforts contre la maison de Bourgogne. C'est à la lutte qu'il entreprit contre cette rivale détestée, contre cette branche félonè de la maison de Valois, que se rattache désormais toute sa politique. Le mariage conclu en 1438 entre sa fille Catherine et Charles le Téméraire, ne pouvait le

(1) Leroux, op. cit., p. 2o3 et suiv. J, Chmel, Geschichte Kaiser Fredrichs IV, t. II, p. 476 et suiv., 742 et suiv. (Hambourg, 1843).

(2) C'est peut-être à ce refus que Philippe faisait allusion plus tard, quand il répondait au chancelier de France, qui lui faisait observer qu'il n'était point roi : « Je veulx bien que chacun scache que si j'euisse voullu, je feusse roy ». Du Clercq, Mémoires, t. IV, p. 80.

(3) Chmel, Monumenta Habsburgica, t. I, i« partie, p. lxxii (Vienne, 1854). C'est alors pour la première fois qu'il fut question c^un mariage entre Maximilien et Marie de Bourgogne.

(4) Rachfahl, Die Trennung der Niederlande vom Deiitschen Reiche, p. 82.

réconcilier avec un adversaire qui lui avait imposé le traité le plus humiliant que la royauté française eût jamais subi. Oubliant bientôt les stipulations de ce traité, il affecte de ne plus voir dans Philippe qu'un vassal de la couronne. Il fait naître des incidents de frontière en Flandre comme en Bourgogne, il suscite des obstacles à la juridiction du duc. Les rapports, toujours amicaux en apparence, qu'il entretient avec lui, s'aigrissent de plus en plus. En 1441, la duchesse Isabelle chargée de présenter au roi les protestations de son mari « aperçut assez clairement, et aussi firent ceux qui y étoient avecque elle, que les gouverneurs d'icelui roi n'avoient mie agréable le duc de Bourgogne ni ses besognes... Et pour vrai, la plus grand' partie des nobles qui avoient été avec elle en icelui voyage n'étoient point si François à leur retour qu'ils étoient quand ils allèrent devers le roi, pour aucunes paroles qu'ils avoient ouïes et vues en iceux de ce parti (i) ».

N'osant risquer toutefois d'attaquer son adversaire face à face, Charles VII résolut de le tourner du côté de l'Empire. Il soutient contre lui le duc de Lorraine, René d'Anjou, et, en 1445, conclut une ligue du Rhin dans laquelle il fait entrer le comte palatin, l'archevêque de Trêves, l'archevêque de Cologne et le duc de Saxe. En 1459, il achète les prétentions de Ladislas de Hongrie sur le Luxembourg, reprenant ainsi les plans du duc d'Orléans contre Jean sans Peur. Une lutte nouvelle devient inévitable entre France et Bourgogne. Des deux côtés on se reproche amèrement de transgresser la paix d'Arras, et, en 1460, il semble au conseil royal « que le roi a matière suffisante et juste cause de procéder par voye de fait et puissance d'armes pour faire obéir par tous les pays de Monseigneur de Bourgogne estans au royaume, aux arrêts du Parlement (2) ». Charles VII hésita pourtant à faire le dernier pas. Philippe lui semblait encore trop redoutable. Non seulement il possédait trop d'alliés dans l'Empire et en France même, mais, depuis 1456, le dauphin réfugié

(1) Monstrelet, op. cit., t. VI, p. 2.

(2) Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, preuves, p. i35. Cf. Du Fresne de Beaucourt, op. cit., t. VI, p. 295 et suiv.

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