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ADOLPHE DE LA MARCK I

OU à raison de manifester à toute occasion envers l'église de Liège, étaient autant de sources permanentes de conflit. Pour résister au duc, les évéques ne pouvant plus compter sur l'empereur, avaient fini, eux aussi, par suivre l'exemple des autres princes lotharingiens et recherché, depuis le milieu du XIII® siècle, l'appui du roi de France. Cette attitude s'accentua fortement lorsque, à partir du commencement du siècle suivant, les papes d'Avignon se mirent à nommer eux-mêmes les évêques, amoindrissant ainsi, dans une large mesure, le droit d'élection des chapitres. Depuis lors, en effet, le roi de France, protecteur ou maître de la papauté, exerça sur les élections épiscopales une influence prépondérante, et, de même qu'au x^ et au xi^ siècle la crosse et l'anneau étaient la récompense de la fidélité à l'empereur, ce fut désormais en faisant sa cour au roi et en l'assurant de son obéissance, qu'on eut chance de les obtenir.

On s'explique dès lors les progrès rapides de l'influence française dans le Pays de Liège à l'époque où nous sommes arrivés.

Mais du jour où il fut possible d'obtenir l'évêché en se faisant appuyer par la cour de Paris auprès de celle d'Avignon, on ne devait pas manquer de voir la principauté tomber en partage à des cadets de famille en quête d'une position digne de leur naissance et complètement étrangers aux intérêts liégeois. C'est ce qui arriva après le décès de Thibaut de Bar qui, ayant suivi en Italie l'empereur Henri VII, mourut le 29 mai 13 12 de blessures reçues à Rome dans un combat.

Un chanoine de Saint-Lambert, liégeois d'origine, Guillaume de Julémont, avait aussitôt posé sa candidature au siège épiscopal. Mais il y avait alors à l'université d'Orléans un jeune comte de La Marck qui, déjà revêtu depuis quelque temps de la dignité de prévôt de Worms, avait décidé qu'il était temps d'être pourvu d'un diocèse (i). La mort de Thibaut laissant vacant un des plus riches évèchés de la Lotharingie arrivait pour lui à point nommé. Il se hâta de se faire recommander par ses parents et par ses amis à Philippe le Bel, et, par l'intervention du roi, obtint de Clément V ses lettres

(1) « Aptum tempus promotioni suae considerans », Hocsem, loc. cit., p. 364.

l6 LES PAYS-BAS AVANT LA GUERRE DE CENT ANS

de nomination. Il reçut coup sur coup en quelques semaines les dignités de sous-diacre, de diacre et de prêtre, après, quoi il fut sacré par le cardinal de Tusculum.

Ce n'était point naturellement sans de sérieuses raisons politiques que Philippe le Bel avait fourni ses bons offices au jeune clerc. Rien ne pouvait lui être plus utile, pour les desseins qu'il poursuivait sur la frontière de l'Empire, que de posséder à Liège un homme de confiance, et les événements prouvèrent qu'il ne s'était pas trompé en faisant choix dans ce but d'Adolphe de La Marck. Adolphe fut, en effet, pendant son long règne, un agent actif et dévoué de la politique française, et il ne dépendit pas de lui que Liège n'ait eu au xiv^ siècle le même sort que Verdun ( i ) . Toutefois pour obéir avec empressement aux ordres du roi, pour aller jusqu'à lui promettre de l'assister même contre le roi d'Allemagne (2), pour toucher une rente de 2000 royaux d'or (3) sur sa cassette, il ne perdit pas de vue un instant les intérêts de sa maison.

Si aucun évêque de Liège n'avait jusqu'alors tenu aussi peu compte de son caractère sacerdotal que ce prélat toujours prêt à monter à cheval, combattant corps à corps dans les batailles et menant lui-même au milieu des flèches et des coups de pierres ses troupes à l'assaut des châteaux forts (4), aucun aussi n'avait encore affiché une telle insouciance pour la principauté qui lui était échue malgré elle. lien donna une preuve éclatante quand, en 1336, il négligea l'occasion qui s'offrait de réunir le comté de Looz à l'évêché et laissa Thierry, sire de Heinsberg, son beau-frère, se mettre en possession de ce territoire (5).

(1) A. Leroux, Recherches critiques sur les relations politiques de la France avec V Allemagne, p. iSy (Paris, 1882).

(2) Lettre inédite de novembre i320 {Arch. Nat. de Paris, J. 527).

(3) Hocsem, lac. cit., p. SSg. — Pour les payements faits par le roi à Rodolphe voir encore J. Viard, Les journatix du trésor de Philippe VI de Valois n<" 533i, 5598, 5896 (Paris, 1899).

(4) Hocsem, loc. cit., pp. 363, 38 1-82.

(5) En 1 336, le pape lui reproche de se montrer « quoad comitatum Lossensem, utique nobilem ac in redditibus ac proventibus opulentum ... nimis tepidum et remissum ». Riezler, Vatikanische Akten, n" 1840 (Innsbrùck, 1891) Cf. Hocsem, loc. cit., p. 432. — Le comte de Looz, Louis IV, était mort sans enfants le 22 janvier i336, et le chapitre prétendait « quod comité sine proie légitima decedente, ad ecclesiam a qua tenetur in feudum, reverti debeat comitatus ». Hocsem, loc. cit., p. 429.

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