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AMOINDRISSEMENT DU PRINCE

suppéditier son saingnor natureil ... et vivre sains rèigle et sains soverain (i) », n'ont aucune prise sur la démocratie urbaine. Animée d'un esprit nettement égalitaire et républicain, ce qu'elle veut, c'est précisément se débarrasser de toute suzeraineté et s'attribuer la plénitude du gouvernement. Dans toutes les villes, le conseil usurpe non seulement la juridiction des échevins épiscopaux, mais celle des cours spirituelles. Les deux maîtres de Liège, si faibles dans la ville, se posent, en face de l'évêque, comme les chefs du pays. Leur prétoire se substitue au tribunal de l'Anneau du Palais^ et on les voit accorder des lettres de franchises aux communes rurales. La bourgeoisie foraine, comme en Flandre, déborde largement sur la campagne et la soumet à l'influence des villes. Jusqu'au fond du comté de Looz, les gens s'inscrivent en foule sur les registres des métiers de la cité, se rendant ainsi inviolables au lieu de leur domicile, et acquérant du même coup le droit de vote dans la capitale, où l'afflux continuel de ces étrangers communique à la vie politique un caractère de plus en plus agité (2).

C'est sous la longue régence de Jean d'Arkel (1364-78), le débonnaire successeur d'Englebert de la Marck, que les villes réalisèrent leurs premiers progrès au détriment du prince et des deux autres ordres. Après lui, profitant du Grand Schisme, elles soutiennent contre l'évêque urbaniste, Arnold de Hornes, le clémentin Eustache Persant de Rochefort, et achèvent, au milieu des troubles civils et religieux, d'acquérir une suprématie irrésistible. Mais, tandis qu'elles s'accoutumaient à ne plus compter avec leurs évêques, les dynasties de Bavière et de Bourgogne préludaient dans les Pays-Bas à l'institution du gouvernement monarchique. Il était impossible qu'elles ne cherchassent point tôt ou tard à s'annexer la principauté de Liège, et, par une conséquence nécessaire de leur politique, à y restaurer les prérogatives souveraines. Ce rôle incomba tout d'abord à la maison de Wittelsbach. En 1 3 90, le pape de Rome, Boniface IX^ confiait l'évèché à un jeune sous-diacre de

(1) Hemricourt, loc. cit., p. 262.

(2) Ibid., p. 264.

256 LES GUERRES LIÉGEOISES

dix-sept ans, fils du duc Albert, comte de Hainaut, de Hollande et de Zélande, à Jean de Bavière, auquel son peuple devait donner un jour le surnom de Jean sans Pitié.

Il fallait s'attendre à voir le nouveau prince ne s'inspirer que des intérêts de sa maison. Il laissa son frère, Guillaume IV, successeur du duc Albert dans le comté de Hainaut (1404), briser le lien féodal qui, depuis la comtesse Richilde, rattachait ce territoire au diocèse (i). Et lui-même se contentant du titre d'élu, refusa toujours, malgré les instances des Liégeois, de se laisser sacrer évêque, dans le but évident de conserver une entière liberté politique. On l'accusa sans invraisemblance d'avoir songé à transformer le pays en une principauté laïque qui se fût transmise héréditairement dans sa famille. Bien autrement puissant par sa parenté qu'aucun de ses prédécesseurs, il <irrivait à Liège imbu de ces idées d'absolutisme qui formaient le programme politique de toutes les grandes dynasties de l'époque. Parmi les conseillers étrangers qui l'entouraient, plus d'un certainement avait lu le De cura reipuhlicae et sorte principantis, rédigé quelques années auparavant par le jurisconsulte Philippe de Leyde pour Guillaume III de Bavière. Ils ne doutaient pas que le prince n'eût le droit de casser ou de retirer tous les privilèges incompatibles avec l'exercice de sa souveraineté, et que sa volonté, source de tout droit et instrument du bien public, ne dût réclamer partout une obéissance complète.

L'élu ne tarda pas à effrayer par ses « nouveautés » les conservateurs attachés à la tradition et à la coutume. Il ne prétendit pas seulement restaurer les « hauteurs » épiscopales dans leur intégrité. Haidroit à rebours, il ne craignit pas de bouleverser de fond en comble la constitution territoriale. JLe tribunal de l'Anneau du palais, qu'il emplit d'hommes à sa discrétion, ainsi que les cours spirituelles, firent litière des usages consacrés par la tradition nationale. Le bon Hemricourt se plaint amèrement que « ly aisneis saige chevaliers, escuwyers, borgois et aussy ly coustumiers... sont tos formorts, et s'il y at aulcuns qui die aulcun bin, il est teillement

(1) A. Lacroix. Episode du règne de Jean de Bavière, p. i3 (Mons, 1841).

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