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LE « RÉGIMENT » DE BAVIÈRE

enfin une aide de 220 ooo couronnes sera payée aux deux princes pour les indemniser de leurs frais de guerre.

C'est seulement six ans après la bataille d'Othée que Jean de Bavière fixa les institutions qui remplaceraient désormais à Liège l'ancien gouvernement communal. Le « régiment » qu'il donna à la cité en 1414 (i) peut passer pour l'expression la plus complète de la politique princière dans ses rapports avec les villes. Les bourgeois n'y apparaissent plus que comme des sujets privés de toute autonomie et n'intervenant plus même dans le choix de leurs magistrats. Chaque année, le chapitre et les échevins dresseront séparément une liste de douze « bourgeois notables, vivans de leurs rentes ou de loyaul marchandise sans mestier faire de leurs bras, et âgés d'au moins vingt-quatre ans ». Parmi ces vingt-quatre candidats, l'élu désignera ensuite douze personnes qui formeront pendant l'année le conseil des échevins. Ce conseil ne possède d'ailleurs aucune initiative; l'échevinage, nommé par le prince, possède seul l'administration de la ville. Pour retrouver un bouleversement aussi complet des institutions traditionnelles, il faudra attendre l'époque de Joseph II et de la conquête française au xviii^ siècle.

Par son outrance même, le « régiment » de 1414 ne pouvait se maintenir, et il n'est pas sûr qu'on l'ait jamais appliqué. Du moins voyons-nous, trois ans plus tard, Jean de Bavière reconnaître qu' « aucune ferme governe » n'a encore existé dans les villes depuis le rétablissement de la paix (2). Il dut se convaincre qu'il avait dépassé le but et que le fonctionnement normal de la vie d'une grande cité était incompatible avec l'absence complète du self- gov émanent. En 14 17, il se résigna à d'importantes concessions (3). La population urbaine fut répartie en dix-sept métiers nommant chacun deux conseillers et deux rentiers. Les trente-quatre conseillers des métiers, avec le chapitre et le conseil épiscôpal, choisiront à l'avenir deux « souverains conseillers » chargés de l'administration urbaine. On avait beau interdire soigneusement aux apprentis

(1) St. Bormans, Ordonnances, p. 458.

(2) Ibid., p. 5o5.

262 LES GUERRES LIÉGEOISES

et aux compagnons de prendre part aux élections des conseiller des métiers, et éviter de prononcer ce nom de « maîtres », qu'avaient porté depuis le xiii^ siècle les bourgmestres de la ville, la nouvelle organisation n'en marquait pas moins un recul significatif de l'absolutisme pur dont Jean avait tout d'abord espéré le succès. Il n'eut pas le temps d'assister à la ruine complète de sa politique. Au mois de septembre 14 17 il renonçait à l'évêché, pour aller disputer à Jacqueline de Bavière la succession de Hollande et pour épouser, l'année suivante, Elisabeth de Gœrlitz.

Son départ, qui affranchissait le Pays de Liège de sa subordination à la maison de Bourgogne, permit également de rétablir les institutions traditionnelles. Pendant les quelques mois que dura l'épiscopat de Jean de Walenrode (juillet 14 18 à mai 141 9), on en revint avec une hâte joyeuse aux anciens usages : les communes rentrèrent en possession de leurs privilèges, reprirent leurs bannières, se rendirent des gouvernements populaires. Le mépris que le Bavarois avait affiché pour la constitution nationale avait trop profondément froissé toutes les classes de la population pour que personne songeât à s'opposer à cette restauration politique. Durant quelques années les Haidroits et les conservateurs oublièrent leurs discordes; le chapitre -et la noblesse s'unirent aux villes dans un sentiment de confiance réciproque.

Le règne du nouvel évèque, Jean de Heinsberg, qui fut élu par les chanoines le 6 juin 14 19, les vit collaborer sans arrière pensée à une réforme constitutionnelle. On voulut sincèrement remettre en vigueur les anciennes paix, établir un équilibre durable entre le pouvoir princier et le « sens du pays », supprimer les inconvénients qu'avaient fait naitre la prépondérance exclusive des villes et le gouvernement direct de celles-ci par les métiers. Les modérés, dont l'influence l'emporte presque toujours après les grands bouleversements politiques, furent

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