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LE « REGIMENT » DE HEINSBERG

maîtres de la situation, et l'évêque s'inspira manifestement de leurs idées. Il déclara dès son avènement qu'il gouvernerait « selon la paix de Fexhe (i) », choisit tous ses officiers et tous les châtelains des forteresses parmi les nationaux, et s'empressa de ratifier la paix des XXII qui plaçait l'exercice de l'autorité souveraine sous le contrôle permanent du pays. Le texte de cette ratification indique clairement les nouvelles tendances. On y trouve, en effet, des garanties qui ont pour but évident de mettre le tribunal des XXII à l'abn des atteintes de la démocratie urbaine. Désormais ses membres ne seront plus élus par les métiers, et on n'y acceptera que des « gens saiges, sachans le loy, ydoines et suffisans, lésechables et viskans de leurs rentes ou de leur loyaul marchandise ».

On découvre les mêmes préoccupations, plus marquées encore, dans le « régiment » donné à la capitale le 16 juillet 1424 (2). S'il se garde bien de constituer la haute bourgeoisie en un corps distinct, chargé, comme dans les villes flamandes, de contrebalancer l'influence des artisans, s'il consacre la répartition de tous les habitants sans distinction de classe en trente-deux métiers égaux en droits, il enlève d'autre part à ces métiers le gouvernement direct de la ville et fait participer l'évêque à l'élection des magistrats communaux. Vingt-deux commissaires à vie institués par le prince (au nombre de six) et par la ville (au nombre de seize) désigneront annuellement trente-deux hommes, un par métier, lesquels nommeront eux-mêmes les deux maîtres dont ils forment le conseil. L'acceptation des fonctions de maître est obligatoire et un traitement de cent florins leur est attaché ; nul ne sera rééligible avant quatre ans. Si l'on ajoute à ces stipulations la restriction de la bourgeoisie foraine aux limites qu'elle avait eues en 1326, le « régiment de Heinsberg » apparaîtra comme un compromis entre ] 'autonomie urbaine et les prérogatives ■ du souverain. L'institution des commissaires, par quoi il se caractérise essentiellement, est empruntée au régime alors en vigueur pour le renouvellement de l'échevinage, dans les

(1) St. Bormans, Ordonnances, p. 53i. Jean de Stavelot, op. cit., p. lyS.

(2) St. Bormans, Ordonnances, t. I, p. 538.

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villes du domaine bourguignon. Son adoption s'inspire évidemment du désir de mettre fin au règne des politiciens de carrière, de rompre avec les brigues et les intrigues électorales, de soustraire le gouvernement de la commune aux jeunes gens et aux forains n'ayant dans la ville aucun intérêt permanent. Elle eut à la fois pour but et pour résultat de restreindre la participation à la vie politique « à tous chéaux qui avoient à perdre (i) », c'est-à-dire aux chefs d'ateliers et aux chefs de ménage, à la petite bourgeoisie aisée, de fortune moyenne et d'opinions modérées. Mais les nouvelles institutions n'amenèrent qu'un apaisement momentané : l'esprit dont elles étaient empreintes ne pouvait manquer de leur susciter tôt ou tard des ady^saires résolus.

"HOepuis le milieu du xiv^ siècle, la cité subissait une transformation profonde. Elle commence à perdre vers cette époque le caractère clérical qu'elle a présenté pendant si longtemps. Cette ville de prêtres va devenir bientôt une ville de charbonniers et d'armuriers. Le charbon de terre, qui abonde dans ses alentours, n'avait servi jusqu'alors qu'à la consommation locale. Encore l'usage en était-il restreint, au xiii^ siècle, aux forgerons et aux pauvres gens, qui seuls l'employaient comme combustible (2). Mais l'intensité croissante de la vie économique, en multipliant les rapports entre les villes, ne pouvait tarder d'en faire un objet d'exportation (3). Il est

(1) Jean de Stavelot, op. cit., p. 248.

(2) Renier de Saint-Laurent, ad an. i2i3. Mon. Germ. Hist. Script., t. XVI, p. 670. — La houille (terra nigra ad focum faciendum optima) est mentionnée pour la première fois en 1 198 par le même auteur {Ibid., p. 652). Voy. P. Tschoffen, Quand a-t-on découvert la houille au pays de Liège. Bullet. de la Soc. d'art et d'hist. du diocèse de Liège, t. XII [1898], p. 21 et suiv, — Sur les origines de l'industrie houillère, voy. Hénaux, La houillerie au pays de Liège (Liège, 1861) et Th. Gobert, Les rues de Liège, v» Hulos (Liège, s. d.). Le cartulaire de l'abbaye du Val Saint-Lambert, dont M. J. Cuvelier prépare actuellement une édition, fournit des renseignements précieux pour l'histoire de l'origine de l'extraction du charbon dans les environs de Liège. C'est de Liège que l'exploitation des mines de charbon se transmit à l'Allemagne. Inama-Sternegg. Deutsche Wirtschaftsgeschichte, t. III, 1^ partie, p. 144, n. 7 (Leipzig, 1901).

(3) Sur le commerce liégeois au xv* siècle voy. J. de Chestret de Hanette, La foire de Liège et son trafic à la fin du moyen âge. Bullet. de l'Institut archéologique liégeois, t. XXIII [1893I, p. 38 et suiv. et du même, La police des vivres à Liège pendant le moyen âge. Ibid., p. 217 et suiv.

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