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CONFLITS AVEC PHILIPPE LE BON

n'ignorait que le Brabant et le Limbourg allaient passer aux mains du duc de Bourgogne, qui enserrait désormais dans ses États la principauté épiscopale.

Philippe, toutefois, ne désirait pas la continuation de lai guerre. Une trêve fut conclue, qui se transforma l'année suivante en une paix définitive (15 décembre 143 1). Elle fut pleine d'humiliation pour les Liégeois. L'évèque dut s'agenouiller devant le duc et lui demander pardon, et il fallut consentir à pgyer une amende de 100,000 nobles et à raser la tour de Montorgueil (i). Un pareil traité ne pouvait qu'augmenter la haine des Liégeois contre la Bourgogne. Si le sentiment de leur impuissance les empêcha pendant plusieurs années de reprendre les armes, ils ne manquèrent pas de donner plus d'une fois des preuves significatives de leurs dispositions. Lors de la grande révolte de Gand contre le duc, ils manifestèrent bruyamment leurs sympathies pour les insurgés, et il s'en fallut de peu qu'on ne précipitât dans la Meuse les messagers qui apportèrent la nouvelle de la bataille de Gavere (2). Il devenait d'ailleurs de plus en plus évident que Philippe cherchait à s'annexer la principauté. Ses démarches, en 1452, pour introduire son neveu Louis de Bourbon dans le chapitre de Saint-Lambert, dévoilaient clairement ses projets. Aussi le peuple avait-il dispersé les députés bourguignons venus pour négocier cette affaire, et les chanoines, mécontents du duc qui soumettait à l'impôt les biens possédés par eux en Brabant, n'avaient pas manqué d'écarter la candidature du jeune prince (3).

Si la conduite des chanoines en 1452 révèle clairement la défiance du clergé liégeois à l'égard du duc, c'est parmi le peuple des villes toutefois que celui-ci comptait les ennemis les plus ardents et les plus irréconciliables. Le souvenir de la paix d'Othée entretenait contre lui, dans la démocratie urbaine, une haine aussi tenace que celle que la paix d'Athis avait jadis

(1) St. BoTma.ns, Cartiilaire de la commune de Dînant, t. I, p. 206 (Namur 1880).

(2) Adrien d'Oudenbosch, loc. cit., col. 1222.

(3) Ibid., col. 1222.

2/0 LES GUERRES LIEGEOISES

attisée en Flandre contre les rois de France. Il apparaissait aux gens de métier comme l'ennemi juré des franchises et de l'autonomie municipales. Peu à peu, grâce à l'excitation générale des esprits, les apprentis, les forains, tous ceux que le « régiment de Heinsberg » avaient privés des droits politiques, reprenaient le dessus dans les villes. Les métiers remettaient en vigueur les anciens usages et recommençaient à empiéter sur l'autorité épiscopale. L'évêque, qui cherchait à éviter une rupture avec son trop puissant voisin, vit sa conduite taxée de trahison. Il se sentait isolé au milieu d'une population mécontente, soupçonneuse, agitée tout à la fois par la crainte et la haine, prête à se porter brusquement à des résolutions extrêmes. Le découragement s'empara de lui, et, circonvenu adroitement par Philippe, il finit par se décider à résigner l'évêché au mois de novembre 1455.

L'abdication de Jean de Heinsberg se rattache à un plan d'ensemble destiné à faire passer sous l'influence bourguignonne tous les diocèses des Pays-Bas. Au moment où elle s'accomplit, Philippe le Bon se trouvait déjà maître des évêchés du sud : deux de ses bâtards, Jean et David, occupaient respectivement depuis 1440 et 145 1 les sièges de Cambrai et de Térouanne, tandis que le chef de son conseil, Jean Chevrot, administrait celui de Tournai depuis 1437. Liège et Utrecht, métropoles religieuses du Brabant, du Limbourg, de la Zélande, de la Hollande et de la Frise, devaient tôt ou tard partager le même sort. L'occasion de le leur faire subir s'offrit en 1455, ^ la mort de l'évêque d'Utrecht, Rodolphe de Diepholt.

Cet événement ne pouvait survenir dans des circonstances plus favorables pour les desseins du duc. Le crédit dont il n'avait jamais cessé de jouir à Rome, se trouvait alors à son apogée. Ayant pris la croix l'année précédente, il savait que le pape n'avait rien à lui refuser, et, passé maître dans l'art de tirer parti des circonstances, il se mit aussitôt à l'œuvre. Il

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