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PREMIERE PAIX AVEC CHARLES LE TEMERAIRE

oubliant sa promesse de ne point faire la paix séparément, il acceptait le traité de Conflans, se reconnaissait coupable d'avoir poussé les Liégeois à la rébellion et les abandonnait à la vengeance de Charles le Téméraire (i). Déjà le mambourg s'était enfui, et cette fuite porta le désordre à son comble. Si les Vrais Liégeois et leurs chefs se montraient décidés à la résistance, tous ceux en revanche qui ne s'étaient pas irrémédiablement compromis pendant les derniers troubles, demandaient / la paix à grands cris. Des négociations confuses s'engagèrent avec Charles, dont les troupes venaient d'atteindre Saint-Trond. Elles aboutirent le 22 décembre 1465, à un traité qui, renforçant sur tous les points les stipulations de celui d'Othée, ■établissait définitivement le protectorat bourguignon sur les ^ rives de la Meuse. Il proclamait le duc et ses successeurs à ^ perpétuité « gardiens et advouez souverains des églises et des cité, villes et pays de Liège et de Looz », et lui attribuait en cette qualité une rente de 200.000 florins du Rhin (2). Quelques jours après arriva dans le pays la sentence par laquelle le pape, condamnant les franchises, reconnaissait à l'évêque le verum et plénum dominium (3).

Mais les esprits étaient trop surexcités pour que la paix eût chance de ramener l'ordre. A peine Charles avait-il licencié ses troupes, les Vrais Liégeois reprirent le dessus (4). Ils conclurent une alliance contre tous ceux qui avaient abandonné leur cause, firent mettre à mort l'un des négociateurs du traité, et empêchèrent la cité d'envoyer des députés à une assemblée des Etats convoquée à Huy par l'évêque. L'anarchie se trouva bientôt à son comble. Prenant par haine de la Bourgogne ce nom de « Compagnons de la verte tente » que les bannis de Gand s'étaient donné pendant le grand soulèvement contre

(t) La perfidie du roi dans cette affaire est hors de doute. Le 21 octobre 1465, il écrivait encore aux Liégeois qu'ils seraient compris dans le traité. Vaesen et Charavay, Lettres de Louis XI, t. III, p. 1 (Paris, 1887). Cf. Adrien d'Oudenbosch, Joe. cit , col. 1 282 et suiv.

(2) St. Bormans, Ordonnances, t. I, p. 690.

(3) De Ram, op. cit., p. 546.

(4) La paix ayant stipulé la remise de dix otages à Charles, ils appelèrent ses négociateurs « traditores et venditores christianorum ». Adrien d'Oudenbosch, loc. cit., col. 1285.

2 50 LES GUERRES LIEGEOISES

Philippe le Bon (i), les mécontents se répandirent par bandes; armées dans la principauté, terrorisèrent les partisans de la paix, fomentèrent partout des émeutes. A Liège, des troupes d'enfants encouragés par eux, entretenaient une agitation permanente, parcouraient les rues avec des drapeaux au cri de « Vive Bade! » et brisaient les armoiries de Louis de Bourbon (2).

A Dinant, la situation était plus grave encore. Charles, exaspéré par les injures que lui avaient prodiguées les habitants de la ville, et excité sans doute par les plaintes de Bouvignes contre cette ennemie mortelle, avait refusé de la comprendre dans la paix (3). Les batteurs de cuivre et la bourgeoisie riche, nombreuse dans cette localité industrieuse si semblable aux villes manufacturières de la Flandre, se montraient disposés à accepter ses conditions (4). Mais les petits métiers, soutenus par une foule de bannis, d'étrangers, d'aventuriers et de Compagnons de la verte tente, redoublaient au contraire d'insolence et de provocations (5). Les chefs populaires ne manquaient pas d'ailleurs d'entretenir les illusions du peuple. On répandait le bruit que Marc de Bade venait d'obtenir du pape la consécration épiscopale, et son retour à Liège, au mois de juillet 1466, provoqua une explosion d'enthousiasme. Dans la banlieue, on cloua son image sur des troncs d'arbre, et l'on érigea sur le& portes de la cité des statues le représentant agenouillé aux pieds d'un ange qui le coiffait de la mitre (6). Cette équipée du mambourg ne dura d'ailleurs qu'un instant. A la nouvelle que Charles marchait contre Dinant il abandonna le pays à son sort, et regagna piteusement l'Allemagne au milieu du mépris public.

(i) Chronique des Pays-Bas éd. De Smet, Corpus Chron. Flandr., t. III» p. 488.

(2) Adrien d'Oudenbosch, loc, cit., col. 1289. — Sur le rôle des enfants dans les agitations politiques de l'époque cf. plus haut, p. 25 1, n. 2.

(3) St. Bormans, Cartulaire de Dinant, t 11 , p. 206 et suiv. — Pour les injures des Dinantais contre le duc, voy. Henri de Merica dans de Ram, op. cit., p. 148 et Du Clercq, Mémoires, t. IV, p. 2o3.

(4) St. Bormans, Cartulaire de Dinant, t. II, p. 222, 254; le même, Cartulaire de Namur, t. III, p. 1 19, 179.

(5) Sur ces étrangers, dont la plupart étaient des bannis de Liège et de Huy^ voy. Bormans, Cartulaire de Dinant, t. II, p. 182.

(6) Adrien d'Oudenbosch, loc. cit., col. 1291.

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