‹ Histoire de BelgiqueChapitre 126 sur 203 · LA BATAILLE DE BRUSTHEM · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE BRUSTHEM

la Vierge; on expose sur l'autel de la cathédrale, entouré de centaines de cierges et gardé par les chanoines, le vieil étendard de Saint-Lambert quia jadis conduit les troupes à la victoire de Steppes; devant lui l'armée défile en pliant le genou (i).

Le bailli de Lyon qui venait d'arriver dans la ville refusa prudemment, ' pour ne pas compromettre ouvertement son maître, d'en prendre la direction. Elle rencontra l'ennemi le 28 octobre à Brusthem. La bataille qui s'engagea le lendemain fut, dans les Pays-Bas, la dernière lutte des milices communales <;ontre une armée régulière. Charles manœuvra et n'eut besoin que de son avant-garde pour rompre la foule des gens de métiers qui osaient affronter ses bandes d'ordonnances. Des marais entravèrent la poursuite et sauvèrent les vaincus du carnage (2). Mais la résistance était brisée. Le même jour, Tongres et Saint Trond se rendaient. A Liège, le parti de la guerre ne put décider la population à s'exposer au sort de Dinant. Après avoir reçu amende honorable « sur les champs », le duc entra dans la cité par la brèche. C'en était fait tout à la fois de l'indépendance de la principauté et de ses franchises.

La sentence du vainqueur (28 nov. 1467) fut plus dure encore que celle qui avait frappé le pays après la bataille d'Othée (3). Charles savait que les Liégeois avaient exhorté Gand à une nouvelle révolte (4), et les troubles qui avaient éclaté à son avènement dans cette ville, ainsi qu'à Bruxelles et à Malines, l'avaient décidé à affirmer d'une manière éclatante la toute-puissance des souverains sur leurs sujets. Il était résolu à montrer aux rebelles « barbe et visage de prince (5) » et à terrifier par leur châtiment toute tentative future de résistance à sa volonté. Il voulut qu'il ne restât plus rien de l'antique constitution liégeoise : il prétendit la faire disparaître comme il avait fait disparaître Dinant. Non seulement il anéantit toutes

(1) Adrien d'Oudenbosch, loc. cit., col. i3i5.

(2) Sur la bataille de Brusthem, voy. le récit de Commines, éd. Dupont, t. I, p. 274 et suiv., et diverses lettres de témoins oculaires dans Gachard, Collection de ■documents inédits, t. I, p. 170 et suiv.

(3) St. Bormans, Ordonnances, t. I, p. 61 5.

(4) Adrien d'Oudenbosch, loc. cit., col. i3ii. — De même, en 1452, Gand s'était adressé à Liège contre Philippe le Bon, Chron. des Pays-Bas, loc. cit., p. 488.

(5) Chastellain, t. V, p. 284. .

284 LES GUERRES LIÉGEOISES

les institutions territoriales, mais il alla, dans l'orgueil de son triomphe, jusqu'à substituer le, droit romain au vieux droit coutumier du pays (i). Il n'y eut plus ni franchises, ni communes, ni autonomie locale. Les métiers perdirent tout ensemble leurs droits politiques et leurs monopoles industriels (2). L'absolutisme, faisant table rase du passé dans le domaine constitutionnel, proclama prématurément, comme pressé de rompre avec le moyen âge, l'entière liberté des professions.

Rien ne fut épargné pour rendre irrévocables la conquête et l'asservissement du pays. Le perron, symbole séculaire de l'autonomie communale, fut transporté à Bruges où il orna, comme un trophée, la place de la Bourse. Le duc exigea le démantèlement de toutes les villes, ordonna que les échevins lui prêteraient serment à l'avenir, défendit d'établir des péages sur la Meuse sans son assentiment, divisa enfin l'évêché en trois districts rattachés à trois villes de ses États : Maestricht, Louvain et Namur. Le titre de « souverain ad voué et gardien » de Liège qu'il s'attribua ne disait pas assez ; en réalité, il devenait le souverain du pays. Celui-ci n'était plus désormais qu'une annexe de ses domaines. L'évêque tombait au rang d'un gouverneur bourguignon, et, pour lui assurer l'obéissance du peuple aussi bien que pour le surveiller lui-même, Charles établit dans la cité l'un de ses plus fidèles lieutenants, le sire de Humbercourt (3).

Louis de Bourbon rentra à Liège le 30 avril 1468. Esprit futile et léger, il laissa Humbercourt gouverner à sa place et se contenta d'orner sa résidence et d'organiser sa cour sur le modèle de celle de Bourgogne. Pendant que les murailles de la cité tombaient sous la pioche, et que, pour payer les 120,000 lions d'or exigés par le duc, les cotes d'impôt étaient septuplées, il s'occupait de débarrasser la façade de son palais

(1) « Les eschevins.... seront tenus de jugier les causes et procès.... selon droit et raison escripte, sans avoir regart aux malvais stieles, usaiges et coustummes selon lesquelz lesdis eschevins ont aultrefois jugiet ».

(2) « Et pourra cascun, sans payer charge, faire ung mestier ou plusseurs mestiers à tel nombre de gens que bon lui semblera. »

(3) Quant à Raes, il s'enfuit en France où il mourut en 1477 conseiller et chambellan du roi. Commines, Mémoires, éd. Dupont, t. I, p. i33 n.

Page 1