‹ Histoire de BelgiqueChapitre 131 sur 203 · ATTITUDE DE CHARLES VIS-A-VIS DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE CHARLES VIS-A-VIS DE LA FRANCE

le chapitre de la Toison d'Or recommandait au duc « que le plus tard qu'il pourra, il veuille mettre son peuple en guerre et qu'il ne le veuille faire sans bon et meure conseil (i) ».

Mais que faisait à Charles le vœu de son peuple ? La gloire de la maison de Bourgogne importait seule à ses yeux, et il lui sacrifia ses sujets. La tranquillité dont on avait joui sous Philippe le Bon rendit d'autant plus détestables les guerres perpétuelles qu'amena le nouveau règne. Les Pays-Bas furent contraints de payer des dépenses militaires plus lourdes d'année en année. Le commerce souffrant, on se plaignit, on voulut refuser l'impôt, on invoqua les privilèges : le duc parla en maître, menaça, taxa de lèse-majesté les murmures des contribuables et exigea, au nom du pouvoir diviri dont il était revêtu (2), une obéissance passive. Son absolutisme grandit dans la même mesure que ses appétits de conquérant. Il adopta la violence et la terreur comme procédés de gouvernement. « J'ayme mieulx que vous me hayés que contempnez ! », s'écria-t-il un jour devant les députés des quatres membres de Flandre (3). Et ce désir ne se réalisa que trop. Transformées en instruments de despotisme, les institutions centrales que Philippe le Bon avait réussi à acclimater dans les Pays-Bas devinrent odieuses. L'unité de l'État, trop brutalement imposée, fit regretter l'autonomie dont on avait joui au moyen âge, et l'on ne peut s'étonner de constater, après la mort de Charles, cette explosion de réaction particulariste qui caractérise le grand privilège de Marie de Bourgogne.

De règne en règne plus étrangère à la France dont elle était sortie, la maison de Bourgogne dépouille, sous Charles le Téméraire, les dernières traces de son origine. Philippe le Bon

(1) Reiffenberg, Histoire de l'ordre de la l'oison d'Or, p. 54 (Bruxelles, i83o).

(2) Gachard, Documents inédits, t. I, p 257.

(3) Gachard, Documents inédits, t. I, p. 223.

(4) Sur la politique extérieure de Charles, voy. l'ouvrage récent de E. Toutey, Charles le Téméraire et la ligue de Constance (Paris, 1902).

se vantait encore de sa qualité de prince de sang royal, se considérait volontiers comme Français, et l'on sait qu'il posséda pendant longtemps des partisans nombreux dans le royaume. Sous son fils, au contraire, la rupture est complète et définitive. La France n'est plus pour lui que l'ennemie héréditaire de sa dynastie, et, pour accentuer nettement son attitude, il va jusqu'à prétendre, revendiquant la nationalité de sa mère, qu'il • est né Portugais (i). Son but est de ruiner la puissance rivale de Louis XL A peine Philippe lui a-t-il abandonné le gouvernement, il entreprend contre le roi la guerre du « Bien Public » .

S'il groupe alors sous sa direction la plupart des grands vassaux de France, rien ne serait plus faux cependant que de voir en lui, ainsi qu'on l'a fait trop souvent, le représentant par \' excellence des idées féodales en face du premier souverain vraiment moderne de l'Europe. S'il se sert de la féodalité, c'est comme d'une arme contre le roi. Mais, bien différent de ses alliés, le duc de Bretagne, le comte de Saint-Pol ou le duc de Berr}^, il ne rappelle en rien le vassal révolté contre son suzerain. Il affecte au contraire vis-à-vis de Louis XI la même attitude que le roi d'Angleterre. C'est un souverain luttant contre un autre souverain : ce n'est pas un rebelle s 'insurgeant contre son maître.

La victoire de Montlhéry (i6 juillet 1465) força Louis XT à accepter le traité de Conflans (5 octobre 1465) où il reconnaissait avoir violé les clauses de la paix d'Arras et restituait héréditairement à Charles les villes de la Somme. Trois ans plus tard, il était contraint de jurer « sur la croix de Charlemagne » le traité de Péronne (14 octobre 1468) qui, en exemptant les « lois » de Flandre de la juridiction du parlement de Paris, faisait disparaître le dernier vestige de la suzeraineté française dans les Pays-Bas. Le duc l'emportait donc sur son rival, et, conduit par lui au sac de Liège, le roi de France rappelait Ferrand de Portugal ornant, après la bataille de Bouvines, le triomphe de Philippe Auguste,

Avant même sa déclaration de guerre à Louis XI, Charles

(1) Chastellain, t. V, p. 453.

Page 1